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dimanche 18 septembre 2011

Impasse électorale pour les Tunisiens du Canada ou comment un Etat de droit peut incarner en toute justice l'injustice à l'état pur.


A moins d'une jurisprudence, il est impossible de tenir les élections de la constituante tunisienne sur le sol canadien. La raison du refus est simple: Le Canada ne doit pas être la circonscription électorale d'un autre pays. Il n'y a donc ni machination ni complot. Il s'agit simplement d'application des lois et comme le Canada est un Etat de droit, et bien, voilà ce que cela donne.

Toutefois, laissons de côté l'aspect juridique et prenons l'affaire d'un point de vue moral, parce que nous ne sommes pas que des êtres captifs des lois et parce qu'il y a aussi l'esprit de la loi, comme le veut Montesquieu. Cette même logique d'Etat de droit et de séparation des pouvoirs fait qu'un grand bandit, BT, est réfugié ici avec tout le pactole sans risque de se faire extrader, et en même temps, on refuse aux citoyens tunisiens résidant au canada de voter pour une constituante qui marquera plusieurs décennies de l'avenir de leur pays. Belle impasse! La justice nous joue parfois de mauvais tours.

dimanche 16 janvier 2011

La Révolution est en marche, ne l'arrêtez pas!



URGENT

Concitoyens!

La Révolution n'est qu'à son début et pour ne pas la faire avorter, il ne faut pas tomber dans la barbarie, les règlements de compte et le lynchage public. Laissez la justice faire son travail en temps et lieu et pensez à votre propre sécurité et à celle de votre entourage (Besoins physiologiques, besoins de sécurité - La pyramide des besoins selon Maslow-). Commencez à bâtir votre nouvelle société civile qui ne naîtra pas du jour au lendemain. Acceptez le nouveau gouvernement de salut, il n'est que provisoire et préparez-vous pour les vraies premières élections bientôt (Besoins d'appartenance, besoins d'estime et besoins de réalisation - La pyramide des besoins selon Maslow-).





Photo prise de : http://thalasolidaire.over-blog.com/25-categorie-11764639.html



Lettre d'un ami Roumain

Il se passe trop de choses en ce moment et je ne sais pas quoi dire. Je publie donc la lettre d'un ami roumain qui l'a envoyée à quelques uns de ses amis tunisiens, telle quelle:

Je suis comme tout le monde les mouvements de révolte dans votre pays et j'espère que la violence et la colère laisseront place rapidement à la pensée raisonnée et aux actions intelligentes qui s'imposent dans ces moments de crise. Je ne peux m'empêcher de penser à la révolution Roumaine de 1989 qui a commencé pareil, par un élan populaire, par l'espoir d'une poignée de jeunes qui sont sortis dans la rue pour dire C'EST ASSEZ. De la même manière, les Roumains ont cru à la spontanéité de leur révolte et de la même manière l’enthousiasme les a embrasés et les a rendus plus forts et plus convaincus qu'il peuvent réaliser ensemble n'importe quel exploit. L'enthousiasme les a rendus malheureusement également moins vigilants et ils ont mis toute cette force et toute cette énergie dans les mains de la première personne qui est venue leur dire qu'il peuvent construire une nouvelle Roumanie. sans se questionner sur le passé de cette personne ou sur la vérité de ses propos. Comme la Tunisie, la Roumanie avait une situation macro économique très avantageuse au moment de la révolution: aucune dette externe et une industrie boiteuse il est vrai mais qui aurait pu être facilement restructurée. La suite on la connait. Les anciens loups déguisés en agneaux du renouveau ont tout mis en pièces et se sont bâti les plus grandes fortunes du pays. Privatisation à grande échelle: la flotte commerciale, la société de l'exploitation du pétrole, l'industrie de l'automobile, etc tout y est passé pour des prix dérisoires et de grosses commissions ont rempli les poches de ceux qui se sont chargés à 'reconstruire' la Roumanie. Je me suis éparpillé un peu mais tout ça pour vous dire que j'espère de tout mon coeur que l'enthousiasme qui habite maintenant chacun de vous sera bien acheminé et construira, comme quelqu'un disait sur Radio-Canada, cette Tunisie, modèle d'ouverture et de démocratie pour tous les pays du Maghreb et de l'Afrique.

samedi 8 janvier 2011

Louage, discours du président et vérité

Il y a quelques années déjà, je prenais le louage de Tunis en direction de Kélibia. Nous n’étions pas loin d’une dizaine de personnes et le chauffeur avait allègrement réglé la fréquence FM sur la nouvelle station de radio de laquelle une musique pop de tous bords était diffusée, quand, tout à coup, tout fut interrompu par les nouvelles. Et après quelques phrases déclamées d’une façon dynamique qui reflétait le style de la station, la voix du président prit place pour une diffusion intégrale de son discours. Je sentis, à ce moment-là, le malaise du chauffeur qui n’osait ni changer de station ni baisser le volume de peur d’être dénoncé par un des passagers. Ce qui me fit penser à des discussions avec des amis roumains qui vécurent sous l’ère Ceauşescu et qui me racontaient le climat de surveillance, de peur et de méfiance qui régnait au sein même de la famille. Quelques minutes passèrent comme des siècles et, exaspéré par ce discours monotone et surtout par la vacuité des phrases récitées, je pris la décision d’agir. Je demandai alors gentiment au chauffeur, mais à haute voix, puisque j’étais assis en arrière, de baisser le son. Ce dernier me jeta un regard mêlé de crainte et de délivrance, comme pour dire à tout le monde qu’il n’était aucunement responsable de cet acte et il baissa le volume jusqu’à ce qu’il fût à peine audible. Cependant, tout le long du trajet, personne ne prononça un mot et le chauffeur n’osa plus toucher sa radio comme si elle était électrifiée. En arrivant à Kélibia, les passagers se pressèrent de descendre et deux d’entre eux se mirent dans un coin derrière la voiture de louage et prirent soin de bien me dévisager. Cette scène-là me revient aujourd’hui, et je me pose la question si, dans l’état actuel des choses, un tel geste aurait autant d’impact sur l’esprit des gens ou pas.

jeudi 30 décembre 2010

Fantasme movuphobe

La marche du sel

Corruption

Copinage

Clientélisme

Favoritisme

Régionalisme

Vols

Détournement

Mensonges

Langue de bois

Lèche-culs

Falsification

Censure

Arrestations

Kidnappings

Torture

Tabassage

détroussement

Emprisonnement

Affaires montées de toute pièce

Agressions

Intimidations

Humiliation

Répression

Meurtres

Viols...

Une simple marche par million vers le palais de Carthage mettrait fin à tous ces termes.

mercredi 29 décembre 2010

Movutu et le téléphone

Yeux de poisson mort, regard qui tente de fixer le téléprompteur un peu trop rapide pour son cerveau de flic, ton ferme et mots martelés comme un automate. Soudain, le téléphone sonne, le regard se crispe, les mains s'agitent, il ne sait plus comment se tenir. Il avance tout le haut du corps au dessus du bureau dans l'espoir d'être plus convaincant, il se balance ensuite nerveusement sur sa chaise pour poser les coudes sur le bureau. Il jette des regards furtifs en gardant la tête immobile vers des points abstraits. Il doit se demander: « Mais... que se passe-t-il? Pourquoi m'appelle-t-on à ce moment-ci? Est-ce grave? Le peuple est-il déjà aux portes du palais? Serait-ce la fin? Viendrait-on me limoger avec des médecins comme j'ai fait avec mon prédécesseur? Et que se passerait-il après? Serais-je capable de sortir l'argent du pays et de mener une vie paisible à Malte ou à Dubaï? Irais-je en prison? Je suis dégoûté, le putain de téléphone n'arrête pas de sonner, j'ai envie d'exploser. Si je suis encore en place, je limogerai tout le monde, cette bande d'incompétents... ». Tout ce monologue s'est passé durant les minutes où il scrutait l'écran sur lequel des phrases toutes faites et apprises par coeur défilaient.

mardi 28 septembre 2010

Ness nesma et la rigueur

Je me suis amusé à relever les fautes dans le court texte publié sur le site de Nessma TV. Évidemment, il faut tout réécrire, mais je me suis juste contenté de corriger les fautes de langue.

Voici le texte d'origine:

http://www.nessma.tv/


« Essma Ben Hmida, Zied Mhirsi et Olfa Youssef, etaient parmi les intervenants du TEDx Carthage, qui a eu lieu le 25 septembre 2010 à la cité des sciences de Tunis. TEDx Carthage est un programme lié à TED (Technology Entertainment Design) une importante rencontre qui est définit comme « propagateur d'idées », et met gratuitement à la disposition du public les meilleures conférences sur son site Web. Les exposés au TED couvrent un large éventail de sujets, tel que la science, les arts, la politique, les questions mondiales, l'architecture, la musique et plusieurs autres sphères de compétences. Les intervenants eux-mêmes sont d'une grande variété de disciplines.»


Et le texte révisé:


« Essma Ben Hmida, Zied Mhirsi et Olfa Youssef, étaient parmi les intervenants du TEDx Carthage, qui a eu lieu le 25 septembre 2010 à la cité des sciences de Tunis. TEDx Carthage dont les trois premières lettres renvoient à est un programme lié à TED (Technology Entertainment Design) est une importante rencontre qui est se définit comme « propagateur d'idées ». Les responsables de cette manifestation mettent , et met gratuitement à la disposition du public les meilleures une sélection des meilleures conférences sur son site Web. Les exposés au TED couvrent un large éventail de sujets, tels que la science, les arts, la politique, les questions mondiales, l'architecture, la musique et plusieurs autres sphères de compétences domaines de spécialisation dont sont issus les . Les intervenants. eux-mêmes sont d'une grande variété de disciplines. »

lundi 2 août 2010

Tunazie


http://sirenemelusine.canalblog.com

Un gamin qui pille le pays, achète tout à prix modique (maudique) et sans appel d'offre, les Tunisiens dorment.
Des voleurs bandits protégés par le gouvernement font et défont la loi en toute impunité, les Tunisiens dorment.
Des barbus lobotomisent les esprits, les Tunisiens dorment et approuvent.
Alcool au volant, sujet tabou, on ne boit pas en Tunisie, donc on n'en parle pas.
Des complexés font le coq en voiture et défient le code de la route, on se plaint mais on fait comme eux.
Des déchets jonchent les rues et les lieux publics, on s'indigne et on continue à en jeter.
Des gens corrompus à tous les niveaux, on râle mais on ne se demande pas qui est le corrupteur.
Des femmes battues et cloîtrées, harcelées au travail, surveillées comme des gamins et critiquées sur chacun de leurs mouvements, leurs habits, leur façon de rire et de marcher, on ne bronche pas.
Un pays qui va à reculons et on ne se demande pas pourquoi et si on est responsable, consommateur à la con de tout ce qui est prêt, prêt à porter importé, prêt à penser importé, prêt à manger, etc.
Incivilité à tout bout de champ, on pointe l'autre mais jamais soi.
Des journalistes emprisonnés, seule une poignée ose protester, etc. etc. etc.
Mais quand un chanteur de patrimoine tunisien fait du lèche-cul au Premier ministre israélien (mais aussi au président tunisien), tout le monde monte aux barricades et crie sa haine. Des relents de nazisme se font même ressentir. Appel au retrait de la nationalité tunisienne, appel au meurtre, insultes antijuives, groupes qui s'organisent sur Facebook et qui ramassent 100 fois plus d'adhérents que les causes civiles. Que se passe-t-il? manque de liberté d'expression? haine enfouie? frustrations sexuelles, sociales, financières? racisme exacerbé? Je ne sais plus quoi en penser.
Mohsen Cherif (que je ne connaissais pas auparavant) n'est qu'un chanteur comme les autres, lèche-cul comme les autres, il a juste un cul de plus, un cul de trop à lécher et c'est toute la merde enfouie qui rejaillit, éclabousse et montre le fond marécageux, pourri et nauséabond d'une collectivité moribonde, sclérosée et affligée par ses propres actes.

lundi 31 mai 2010

Bendir Man

Il a une belle voix puissante, il est drôle, il a du charisme, beaucoup d'ironie et de cynisme, il est attachant, il compose, écrit, interprète brillamment et parodie un répertoire de plus en plus large. C'est Bendir Man ou, du moins, c'est l'image projetée au public d'un artiste dont l'originalité commence à s'imposer et le talent se confirmer indubitablement. Je n'aime pas le discours Panégyrique ni le tbandirr, mais je voudrais parler aussi de l'homme qui se tient derrière ce masque d'artiste. Pourvu d'un parcours atypique et de militantisme inné, grâce ou à cause d'un environnement socio-familial particulier, la souffrance et la peur n'ont plus de signification pour lui. Le pathos est le canal des nantis dont l'existence fade les pousse à gonfler et dramatiser leurs problèmes et apitoyer les gens sur leurs sorts. Le jeune homme dont le prénom est inconsciemment disséminé en anagramme dans l'appellation de Bendir Man n'a pas besoin de pathos, car trop de choses l'ont poussé à mûrir et à être plutôt cynique, désabusé, mais gardant une étincelle non pas d'espoir, mais de créativité, d'élan vers quelque chose de meilleur, d'énergie qui tétanise la médiocrité. Le jeune homme dont le chemin a croisé le mien est ce qu'on appelle en langage courant un surdoué. Il est musicien, sportif de haut niveau, dessinateur, très cultivé, s'intéresse à la psychologie, au cinéma, à l'ethnomusicologie, aux questions identitaires postcoloniales, etc. Il exhume en moi l'espoir de voir une nouvelle génération curieuse, assoiffée de savoir, éclectique et progressiste (aux sens philosophique et politique du terme). Mais pour l'instant, c'est un électron libre et singulier que Movutu tente d'isoler.

dimanche 28 février 2010

Post-féminisme et misandrie


À l'heure où des veuves en Inde sont cloîtrées et diabolisées, de jeunes femmes au Pakistan immolées, de jeunes filles dans certains villages subsahariens excisées, des Saoudiennes ne peuvent ni naviguer ni voyager seules ni conduire, une tunisienne qui, à cause d'une blague salace, est qualifiée de suppôt de Satan, je me permets de parler du féminisme phallophage au Québec. Je supporte le combat féministe ailleurs dans le monde, mais ici au pays de l'érable, je ne peux que m'indigner face à une campagne sans relâche de dénigrement de la gente masculine. Je ne vais pas pérorer sur les pratiques sociales, je me contenterai juste d'analyser deux spots publicitaires qui montrent bien l'image de l'homme telle qu'elle est façonnée par le féminisme québécois.
Le premier spot concerne une marque de nourriture pour chat. L'action se déroule à l'intérieur d'une maison et le message semble s'adresser aux dames. À gauche de l'écran est montrée une femme qui fait son entrée. À droite, un homme se tient accroupi sur l'accoudoir du canapé et, imitant un chat, il se caresse la gueule avec sa patte et fait mine d'être fâché de ne pas avoir eu sa nourriture préférée.
Dans le deuxième spot, on voit à gauche de l'écran une femme, au milieu un enfant et à droite un homme. Visiblement, il s'agit d'une famille installée devant la télé. Le mari fait une blague à caractère sexuel. La scène d'après montre le même homme couché sur le parquet au sous-sol et sa femme entre et demande à son fils de dire bonne nuit à papa, puis ferme la porte.
Dans les deux spots, la femme se trouve à gauche de l'écran et l'homme à droite. Selon un procédé de lecture écranique, le spectateur occidental déchiffre l'écran de gauche à droite et de haut en bas. Ainsi, c'est le premier signifiant à gauche de l'écran qui prend de la valeur et une position initiale. L'homme, dans les deux spots, est en retrait de l'écran. Il est dépossédé de l'espace intérieur qu'est la maison. Son rôle est secondaire. Il est ou perturbateur, tel un enfant agitateur, ou un animal gâté et râleur. Dans les deux spots, l'homme est puni par la femme. On déduit de ces messages que l'homme est immature, inconsistant, pervers, gourmand, irresponsable, se comporte comme un enfant, voire comme un animal domestique qu'il faut mater et punir.
Je sais que les publicités misogynes et machistes sont légion, mais ce n'est pas une raison de reproduire le même modèle inversé. Aussi, le féminisme investi dans des stratégies de marketing appelle-t-il à un inconscient collectif féminin qui, traumatisé par des siècles de phallocratie, voudrait inverser les rôles de domination. Et c'est exactement pour ces motifs là que le féminisme québécois ou le post-féminisme s'oppose radicalement au féminisme d'une certaine Simone de Beauvoir qui appelait à une véritable complicité et un échange complémentaire entre l'homme et la femme.
J'ai assisté il y a quelques semaines à une scène qui m'a intrigué et m'a amené à réfléchir sur le sort de l'homme occidental en général et québécois en particulier. Un couple de touristes québécois accompagnés de leur chien se sont arrêtés à quelques mètres devant moi. La femme a lancé une balle dans la mer et son mari et son chien ont fait la course pour la ramener. Elle a réitéré son geste et à chaque fois le mari et le chien s'acharnaient et se battaient pour avoir la balle sous les rires goguenards de la femme. Belle image qui reflète bien la situation intersexuelle au Québec!

lundi 11 janvier 2010

Périple costa ricain



Périple costa ricain

Alajuela, San José, direction Limon, Puerto Viejo. Six heures de route pour faire 250 km, pour serpenter entre les montagnes aux sommets nuageux, les volcans aux cratères nerveux. Six heures de route sans indications ou presque. Nature luxuriante, forêts tropicales, paysages qui défilent et défient un oeil trop peu habitué. Des piétons, faute d’espace grignoté par la nature, marchent au bord de la route. Des vélos aux guidons très longs et larges circulent lentement. Une pluie torrentielle s’abat tout d’un coup pour laisser le soleil réapparaître quelques instants après. La nuit tombe vite à mesure que les virages s’accentuent. Des cratères dans la route font bondir la voiture et faillent nous projeter. Seraient-ce les dernières éruptions qui en sont responsables? Mystère. Les kilomètres défilent à un rythme lent. Pura vida! Nous arrivons à destination, exténués. Petit coin de Rasta fari, musique reggae berçante, les gens, nonchalants, se baladent. Les femmes, jeunes, vieilles, belles, moches, grosses, minces, brunes, noires, blondes, arborent fièrement un mini short et une petite camisole au décolleté étourdissant. Odeur de marijuana, de rhum, d’air salé, de nature fraîche et humide. Humer cet air et raviver ses poumons, fermer les yeux et se laisser emporter par cette ambiance zen. Pura vida. Pas facile de se diriger dans les petits sentiers du début de la jungle. Le monsieur qui nous accueille est un Français dans la cinquantaine. Barbe grisonnante, cheveux hirsutes, des touffes de poils blancs lui poussent sur les épaules, comme le lichens et les lianes dans les arbres. Une odeur de sueur bien imprégnée, vieillie par le temps émane en effluves. Cela tient les moustiques éloignés, paraît-il. Ils nous dirige avec une torche. A peine sortis de la voiture, nous nous trouvons vite dans les bras de la nature avec des branchages qui nous lèchent et un bruit faunique mystérieux. Cris de lézards, hurlements de singes, chants de cigales, hululements de chouettes et toutes sortes de grognements, de sifflements, de couinements, de grésillements et de sons bizarres nous préviennent de leur présence. Attention! Vous devez respecter le territoire des autres et fondre dans la nature tel un animal quelconque. Le lendemain matin, réveillé par les impressionnants hurlements de singes qui retentissent dans les quatre coins de la jungle à cinq heures du matin, je commence à lire. Puis je ferme le livre. Non, je ne veux pas faire mon Gide au Congo. René qui se fait appeler Juan, pour se donner une couleur locale alors qu’il baragouine quelques mots en espagnol, me propose de faire un petit tour et de me montrer les bons spots. Je grimpe dans le pick up et la même odeur de sueur imprégnée cette fois-ci dans les sièges de l’auto me coupe le souffle net. On fait deux cents mètres – ici, tout se calcule au mètre près, sinon tu te perds – et on arrête. On descend et René pointe un arbre d’une longueur interminable. Je ne vois rien. Il me précise où regarder. Toujours rien. Je n’ai pas encore l’oeil. Je finis par remarquer un paresseux qui glande sur une branche. Il fait à peine un mouvement par heure. Très curieuse rencontre. On s’enfonce dans la forêt et, après quelques foulées, une magnifique plage bordée de cocotiers s’étend devant mon regard crédule et ébahi. À gauche, quelques vautours semblent attendre.

- Ils attendent qu’on meure. Me lance René avec un sourire cynique.

Il fait quelques pas et ramasse un fruit tombé par terre. Un mélange entre une patate et une figue de barbarie. C’est un nenni, me dit-il. Il le presse pour qu’il s’ouvre et me demande de le humer. Une odeur fétide s’y échappe, mais comme il semble enthousiaste à me faire découvrir un nouveau fruit, je me contente de lui dire que c’est spécial comme odeur.

- C’est spécial! C’est dégueulasse! Ça te donne envie de gerber. On dit que c’est un super medicament, mais il faut être très mal en point pour bouffer cette merde.

Je commence à saisir le personnage. On rebrousse chemin et on reprend la route vers une autre plage. Je remarque à ma gauche une machette calée entre mon siège et la boîte de vitesse.

- C’est utile une machette ici?

- Ah oui. Et je m’en sers souvent. Lance-t-il sur un ton déterminé comme pour laisser planer un mystère.

Je regarde les Ticos, les Costa Ricains, passer sur le bord de la route.

- Et les rapports avec les gens ici se passent bien?

Il ne me répond pas et arrête la voiture net au milieu de la piste. Il me montre un iguane couché sur une branche. Après, il m’indique quelques restaurants et une épicerie tenus tous par des Européens. Des Français, Allemands, Suisses, etc. René, c’est le réseau européen. Je l’ai compris plus tard quand j’ai découvert le réseau américain.

- Mais les Ticos ne possèdent rien chez eux!

- Il fait une moue de dégoût. Non, ils n’aiment pas travailler.

Je regarde les gens marcher, ils nous envoient la main avec un sourire, mais ils sont invisibles pour René.

Il est sept heures du matin et le soleil est bien planté au coeur du ciel. René se penche pour ramasser quelques noix de coco tombées la veille.

- Merde, ils ont tout bouffé, fait chier! On est arrivé un peu tard. Si tu veux avoir la paix, il faut venir tôt à la plage, parce qu’après c’est la cohue. Il suffit de trouver trois ou quatre personnes et tu n’es plus en paix.

René est né au Gabon. Il est fils de colon et aime la nature sauvage. Nous quittons René sans regret et nous reprenons la route, sur un coup de tête, vers le Panama. Nous dévalons les pentes, épousons les courbes, surplombons les nuages, zigzaguons entre les cratères de la route. Des bananeraies, des champs d’ananas, de café et de cacao, bordés de cocotiers et d’arbres divers et inconnus pour moi, sétendent à perte de vue. Des hommes avec des machettes marchent tout le long de la route. Ils coupent l’herbe et la végétation qui veulent empiéter sur la chaussée. La population change de traits. Les gens sont trapus, aux traits typés, à la peau tannée. Ils sont les descendants de ceux qui se sont fait appeler par erreur des Indiens, eux-mêmes descendants de Mongols venus il y a sept mille ans du Pacifique. Des cabanes sur pilotis sont éparpillées à travers champs et plantations. Les maîtres des lieux, les riches propriétaires, préfèrent garder leurs ouvriers sur place. Exploitation permanente d’un peuple que les conquistadors n’ont pas réussi à exterminer. Ce sont les mêmes descendants d’Espagnols qui possèdent les terres. Ils fournissent une bonne partie du marché nord américain et européen en café, cacao, bananes et ananas. Les habitants de la région, eux, se nourrissent de riz et de fèves. Quelques poules courent dans tous les sens. Des chiens traversent nonchalemment la route, obligeant les conducteurs à freiner, à zigzaguer. Le chien est respecté ici. C’est la vache sacrée du Costa Rica. Tout le monde en possède un. Il est ainsi facile de reconnaître les touristes. Ils n’ont pas de chien. La route goudronnée s’interrompt sans préavis pour laisser place à une piste cahoteuse et bordée de ravins. Nous avançons tel un paresseux. Nous arrivons finalement aux frontières. Longue file d’attente. Ni les douaniers ticos ni les panaméens ne parlent anglais. Nous doublons d’effort pour les comprendre et répondre tant bien que mal dans un espagnol approximatif à leurs questions. Après trois heures d’attente au bord d’un pont qui servait jadis de chemin de fer et par où passent désormais tous les camions de marchandises diverses, légumes, fruits, vêtements et probablement cocaïne et marijuana, la douanière ouvre mon passeport, puis le referme et le retourne. Elle ne comprend pas dans quel sens il faut l’ouvrir et finit, après d’âpres tentatives, par saisir le sens des pages. De droite à gauche. Quelle bizarrerie, devait-elle se dire. Elle s’arrête un moment. Pousse un soupir et compose un numéro. Je saisis des parcelles de la conversation. Elle demande si j’ai besoin d’un visa. Je dois être le premier Tunisien qui passe devant elle. Muni de ma carte de resident permanent au Canada, je lui fais comprendre que je n’ai pas besoin de visa. Mais elle ne veut rien savoir. Elle attend les ordres. Une demi-heure d’attente lente et pénible. J’ai eu au moins le privilège d’entrer dans la salle climatisée et de m’asseoir derrière elle pendant que les gens défilent sous la chaleur et le produit toxique dont on asperge les camions pour les désinfecter de je ne sais quoi. La douanière engueule les Américains en espagnol. Elle leur ordonne d’aller vite acheter un visa à côté et de revenir faire la file. Les Américains s’exécutent et répondent en espagnol, tête baissée. La réponse tombe. La femme se tourne vers moi, me tend mes papiers et esquisse un sourire en me souhaitant de passer une bonne journée. J’ai du mal à croire.

La physionomie des Panaméens est différente. Trapus, mâchoires saillantes, habillés comme des gangsters, ils ont le regard dur. Ils sont plus proches des Colombiens que des Ticos. Des images de la prison de la série Prison Break me sautent aux yeux. Le casting est fidèle à la réalité. Le look typique du Panaméen: un tee-shirt ouvert sans manches, des tatouages sur les bras, une grosse chaîne en or, un short long et des baskets. Crâne rasé et démarche de pitbull. Méfiez-vous des apparences.

Après deux jours passés à visiter les différentes îles de Bocas del Toro, toutes aussi belles les unes que les autres et aussi bien conservées et épargnées par le béton, parmi les jeunes Américains venus surfer et plonger, retour au Costa Rica qui nous manque déjà. La pura vida nous rappelle.

Pamela dit qu’elle est née aux États-unis, a grandi au Panama et vit maitenant depuis vingt ans au Costa Rica. Elle tient un bed and breakfast, fait une excellente confiture de carambole, des bananes plantains flambées, déteste la politique américaine qui l’a fait quitter ce pays-là et voue une admiration profonde à son pays d’accueil. Elle a les yeux bleu clair, un sourire qui laisse voir de belles rides et un éclat rayonne son visage de soixante dix ans. Pamela est une belle personne, captivante et elle a un charme de grand-mère.

Expédition seuls dans la jungle où la pluie torrentielle de la veille a laissé ses traces. Fourmis rouges qui piquent, araignées colorées, migales dévoreuses et poilues. Lézards qui se cachent dès que nos pas écrasent les feuilles qui jonchent le petit sentier. Gazouillements d’oiseaux étranges, glatissements d’aigles, coassements de grenouilles, bourdonnements divers, chants de petits perroquets verts en groupe, toucan perché qui nous regarde du haut de son long bec pointu et coloré. Sifflements de serpents, hurlements de singes, mimosa sensitive dont les feuilles se referment au moindre toucher pour se protéger des éventuels dangers. Grenouilles minuscules, fourmis qui portent, en fil indienne, des feuilles trois fois plus grosses qu'elles. Un animal bizarre, mélange de sanglier et de lièvre saute devant nous. Nous sommes perdus. Trois heures d’errance. Nous retrouvons enfin les baies paradisiaques de Manzanillo... (À suivre).

dimanche 29 novembre 2009

Minarets et angoisse de castration



L'interdiction des minarets en Suisse révèle une angoisse de castration, sur le plan symbolique. Que faire sinon castrer les mosquées de leurs minarets, un peu comme les esclavagistes qui castraient leurs esclaves et les rendaient eunuques, inoffensifs pour leur harem ou encore les maîtres de plantations américains qui avaient une phobie du Noir, érigé en bête supersexuelle qui traquait les femmes blanches de leur entourage et risquait de pénétrer la femme du maître. Derrière cette phobie, Fanon disait que se cache une psychopathologie qui révèle un complexe d'infériorité sur le plan sexuel, marqué par une angoisse de castration. Il va même jusqu'à parler d'une homosexualité latente chez le blanc négrophobe. Certains pays européens ne veulent pas voir de minarets, en somme des phallus qui représentent un pouvoir mystérieux et étranger, superpuissant, selon leurs phantasmes (c'est-à-dire fantasmes inconscients). Il faut rendre cette entité inoffensive, eunuque et docile, sinon elle va les pénétrer par ses minarets, dessinés par un parti xénophobes comme des missiles qui percent le drapeau suisse. Quelle belle image qui confirme l'hypothèse de l'angoisse de castration ou, plutôt, l'angoisse face à une tentative d'intromission.