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jeudi 7 février 2013

Ça brasse en Tunisie!


Chez le dentiste:
- Ça brasse en Tunisie!
- Oui, vous suivez l'actualité?
- Un peu. En fait je voulais y passer mes vacances, mais là...
- Ça bouge un peu, mais ce n'est pas si terrible que ça. Les zones touristiques sont épargnées.
- Justement, je n'ai pas envie de faire ce genre de tourisme. Je veux voir la société, vivre la culture... Je pense que je vais aller au Maroc plutôt. Ouvrez la bouche SVP!

vendredi 16 décembre 2011

Les malfrats de Ben Ali vs les schizophrènes d'Ennahdha


Marzouki dit aux officiels français qu'ils n'ont plus à faire à des malfrats en parlant de l'ancien régime tunisien. Je veux bien le croire, mais ces malfrats ont laissé la place à, tenez-vous bien, un terroriste à la tête du gouvernement, spécialiste en explosifs et sujet à des hallucinations auditives (il qualifie son propre discours de divin), un schizophrène comme ministre de l'enseignement supérieur, un salafiste ministre des affaires religieuses, un fasciste ministre des affaires étrangères qui de surcroît est le gendre du théologien et chef du parti de dieu, etc.


mardi 13 décembre 2011

Ben Ali VS Marzouki

Il faut le dire quand même, malgré plusieurs points litigieux dans son discours et des applaudissements qui n'inaugurent rien de bon. Au niveau sémiotique, on est passé d'un président gominé, maquillé et lifté, aux yeux de poisson qui fixe désespérément le téléprompteur pour vociférer des propos vides; à un président sans cravate, sans téléprompteur, sans fioritures, bien articulé et dont la voix n'est pas vide d'émotion. Bien que ce rôle soit vide, il faut le reconnaître, le pays vient de faire un petit pas vers un Etat de droit réaliste. Puisse la sémiotique refléter une sémantique, la rhétorique et le pathos rendre compte d'un logos démocratique.

dimanche 13 novembre 2011

Ettkarkir et Ellahwa ou la sclérose en plaques d’une société: Le cas de la Tunisie


Armé de mon ultime conviction qu’un libre penseur doit aller à contre-courant de sa société afin de montrer les défauts et les contrevérités du groupe, je me lance là dans l’analyse de deux concepts clés qui mettent à nu le dysfonctionnement des sociétés dites du tiers-monde et particulièrement de la Tunisie, l’exemple que je connais le mieux. Les deux concepts sont à mon avis Ettkarkir et Ellahwa. Ces deux concepts régressifs et intrinsèquement liés me font penser à quelqu’un qui traîne des pieds et qui, pour tuer le temps, regarde à droite et à gauche épiant le moindre mouvement des autres.
Tout d’abord, Ettkarkir ou ce qu’on peut traduire par la fainéantise, la paresse viscérale, l’apathie, entraîne indubitablement, sur le plan professionnel, un manque de productivité et de ce fait, un manque de richesse sur le plan économique.
Cette paresse généralisée engendre également ce qu’on appelle dans les sociétés productives une contre-performance. Voilà les ingrédients types qui instaurent la culture de la médiocrité.
Donc, la pauvreté matérielle, provoquée par le marasme économique, ainsi que la misère intellectuelle, engendrée par une absence d’efforts intellectuels, mènent nécessairement à l’immobilisme, lequel provoque un sentiment d’impuissance et donc de frustration et crée des complexes d’infériorité, voire de la haine et du ressentiment envers les autres, ceux qui ont réussi, ceux qui produisent.
Par ailleurs, au quotidien, la fainéantise mène logiquement à l’oisiveté, ce qui donne lieu à beaucoup de temps libre non investi dans une bonne action, telle que le travail, la réflexion, l’enculturation, etc. Ce temps libre et stérile fait camper la personne dans une situation de passivité extrême et donc dans une position de spectateur. L’image type est celle des hommes qui sont assis une bonne partie de la journée et de la soirée dans les cafés à jouer aux cartes, fumer la chicha, bavarder ou encore à regarder passer les gens. Le spectateur sera ainsi amené à reluquer les autres, les passants, les voisins, les collègues, l’entourage, etc. d’où vient l’ingérence. Et j’aborde par là le deuxième concept régressif, Ellahwa ou quand on se mêle des affaires des autres.
Puisqu’il faut tuer le temps, on préfère le faire sur le dos des autres et c’est une façon de détourner l’attention sur un soi moribond et rempli de son propre échec. Il s’agit d’épier les autres dans leurs moindres gestes, mouvements, leurs façons de s’habiller, dans ce qu’ils font dans leurs vies, ce qu’ils disent et même ce qu’ils pensent de telle ou telle chose. Ce qui donne lieu à une orgie de voyeurisme où tout le monde finit par épier tout le monde et encore plus celui qui n’adhère pas à cette pratique ou celui qui produit quelque chose. Ceci se traduit par des actions passives (l’oxymore n’en est pas un), telles que commenter, placoter, critiquer et détruire toute forme d’initiative ou tout élan individuel.
Ce conformisme collectif et consentant ne peut déboucher que sur une forme de surveillance généralisée, une sorte de police sociale qui exerce une pression accrue sur les membres récalcitrants ou voulant se démarquer du troupeau. La même surveillance donne le droit à la collectivité de juger, voire de sanctionner les actions non conformes aux normes existantes. D’où le fascisme latent qui guette et qui n’attend qu’une forme politique ou juridique pour surgir de ce que j’ose appeler le «sous-moi». 
Le fascisme, c’est-à-dire cette conception doctrinale, homogène et intégriste de la société, explique le regard moralisant que la plupart des gens portent sur les productions culturelles, mais aussi sur les actions politiques. On veut des juges de la morale à la tête des institutions, mais cette morale ne tire pas son essence de la lutte contre la corruption, le mensonge, le vol et la malhonnêteté. Elle se réduit plutôt à une police des mœurs. Du coup, ce qui peut sembler superflu dans une société progressiste, tel que la façon de s’habiller ou encore le comportement individuel qui ne nuit pas à la liberté des autres prend une importance capitale et devient un critère primaire pour juger de la morale de toute une société comme si elle était un seul corps, déniant par là la place de l’individu, ou pire, le rôle de la réflexion individuelle. Toute production culturelle et particulièrement le cinéma (qui agit tel un miroir «inconfortant») est jugé comme une source de débauche à cause de ses scènes de nudité; les politiciens sont discrédités s’ils ne se conforment pas aux rites musulmans; les intellectuels sont mis au ban et bannis s’ils osent critiquer les traditions sociales et encore plus le dogme religieux. Ils sont même traités de collaborateurs avec l’Autre, celui qui a réussi et qui, selon la théorie du complot, veut garder sa suprématie et ses richesses pour lui et saboter tous les efforts des Arabes ou des musulmans d’une manière générale en voulant les amputer de leur Identité «immuable et indivisible».
Ce sont là les deux maux qui empêchent une société donnée de produire, d’évoluer, de s’ouvrir et d’entrer de plein fouet dans la modernité réelle et non celle de façade, c’est-à-dire celle où l’on se contente de consommer des objets modernes, technologiques, pour un usage passéiste et réactionnaire. Vouloir une société résolument moderne nécessite l’abolition pure et simple de ces deux notions sclérosantes.

lundi 17 octobre 2011

Les islamistes du vagin


HAHAHA, ces islamistes, ils sont résolument drôles. Un colloque en Egypte sur les femmes sans les femmes. Leur plus gros problème (inconscient) c'est qu'ils n'acceptent pas d'être descendus du vagin d'une femme. Il ne faut pas chercher loin! Tout est là! Ils en veulent au vagin parce que, à travers lui, ils ont été expulsés de leur paradis originel. Il faut donc retrouver le paradis perdu dans l'au-delà et reconquérir à leur façon des vagins vierges (70 et plus), c'est-à-dire des vagins qui n'ont jamais expulsé un corps humain. 

mardi 11 octobre 2011

شبيك تكره الدّين؟

نفس العباد إلّي كانوا يقولولي شبيك تكره الزّين، توّه يقولولي شبيك تكره الدّين. الدّين لا نكرهوا لا  يكرهني و كلّ واحد حرّ في تصرّفاتو. إلّي ماعجبتّوش المنقّبة في البحر، ماعليه كان ما يغزرش و لّي متقلّق مالبكيني، ماعليه كان يجبدها قبل ما يهبط للبحر. أنا توّه نكره طحّانة التّجمّع إلّي يحبّوا يرجعوا بالسّيف، نكره الخوانجيّة إلّي يحبّوا يفرضوا على العباد تسطيكتهم، نكره العباد إلّي مكبّشة في القشور و مسيّبة الصّحيح، أما أكثرما نكره هوما العباد إلّي قبل كانوا في التجمّع و توّه مع الخوانجيّة. 

mardi 26 juillet 2011

يخّي قدّاش من مرّة بش ننتخبوا؟


في آخر جوان، ركبت في تاكسي و  ما عينيش بش نحكي، على خاطر، من غير ما نعمّم، التاكسيستية يطلّعوهالي. التاكسيست سكت سكت، و ممبعد قالّي:
خويا تفهم شويّة في السياسة؟
شويّة مش برشى.
يخّي قلّي، يخي توّة الإنتخابات إلّي بش يصيروا، بش ننتخبوا فيهم رئيس؟
لا، مجلس تأسيسي.
تي شنيّة هذية، ديمة نسمعها في الرّوادن و التلافز، و لتوّ لا فهمتها.
فسّرتلو بالفلّاقي شنوّه دور المجلس التّأسيسي و كيفيّة إنتخابو، و كيفاش ممبعد بش ننتخبوا رئيس، و ممكن ياسر قبل يصير إستفتاء على الدّستور. غزرلي و قالّي:
  يخّي قدّاش من مرّة بش ننتخبوا؟
 تلاثة مرّات آما على عامين تلاثة     
تي ما عندي ما نعمل آنا، بش نقعد ماشي جاي و مسيّب خدمتي؟

lundi 18 juillet 2011

Liberté pour tous

J'ai pris un café avec lui, 24h avant son arrestation. Je venais de le connaître et j'ai trouvé en lui cette fougue que les jeunes étudiants ont, cette détermination à aller de l'avant. Nous avons discuté de tout, mais surtout de politique et de symboles, je l'ai provoqué sur tous les symboles, politiques et sacrés, et je n'ai trouvé qu'un esprit vif, toujours prêt à discuter, sans juger ni exclure l'autre. J'ai pris l'avion, tout content de laisser des jeunes «révolutionnaires». Ces jeunes sont aujourd'hui en prison. Nous n'avons pas fini avec la dictature. Liberté pour Souhaieb Tarhouni et les détenus d'opinion.

dimanche 19 juin 2011

La sagesse du menuisier

Je le vis de loin, sa mine et sa silhouette ne m’étaient pas inconnues. Nous nous scrutions un moment, et puis, nous nous reconnûmes. C’est un vieux copain du primaire que je n’avais pas vu depuis un siècle. Nous jouions au foot ensemble et après chaque match, on allait à l’épicerie de son père pendant que celui-ci faisait la sieste et on préparait des casse-croûtes à l’harissa et à l’huile d’olive. Il arrêta tôt l’école et travaille désormais comme ouvrier dans un atelier de menuiserie. Comme nous allions dans la même direction, nous prîmes le chemin ensemble. Après quelques mots échangés sur nos situations respectives, nous abordâmes la situation actuelle du pays. Il me dit que le problème en Tunisie est que les gens ne planifient pas grand chose. Ils laissent tout à la volonté de dieu, les enfants, la maison, le travail, les études, et que la volonté de dieu n’est autre que le hasard. On laisse tout au hasard et c’est ce qui explique ce long silence. Au lieu donc de blâmer un ancien dictateur, c’est d’un regard autocritique dont nous avons besoin. Il me montra la bordure de la chaussée marquée par un long sillon et me dit :

« Regarde! C’est à l’image de ce fossé creusé il y a quelques mois pour je ne sais quel projet. Ils sont venus, ont pris des mesures, d’autres sont venus creuser, et depuis, la béance est là. Ils attendent qu’elle se remplisse de déchets et de poussière pour qu’elle se ferme d’elle-même, le projet ayant été abandonné. C’est le manque de planification, c’est justement cette mentalité hasardeuse, fataliste, craintive et passive qu’il faut qu’on change. Hélas, il est trop tard pour les adultes, il faut cibler les nouveaux nés qui seront nés dans un pays libre et à qui on va devoir expliquer ce qu’est la liberté avec ses droits mais surtout ses devoirs. C’est la confiance qu’on accorde au hasard ou à dieu qui nous ronge ».

Il m’invita à boire un café avant de commencer le boulot, mais comme j’étais pressé, je m’excusai et lui promis de le faire une autre fois. Je le quittai en pensant aux diplômés, universitaires ou cadres et qui avant n’avaient jamais osé critiquer même en aparté les affres de la dictature et aujourd’hui sympathisent et flirtent avec un mouvement politico-religieux rétrograde et à la limite du fascisme qui veut gouverner au nom de dieu, c’est-à-dire au nom du hasard. La conscience civique et l’auto-critique ne s’acquièrent pas par les diplômes.

jeudi 26 mai 2011

المواقع الإباحية

وقتاش بش يبدّلوا كلمات كيما قصّ، صنصر، يمنع، سكّر، خبّى، غطّى، أسكت، غلق، إلخ بكلمات كيما زيد، حِلّ، وعِّى، قوّم، إسمح، ظهّر، ورِّى، تكلّم، إفتح. موش كان يحلّوا فضاء ات ثقافيّة خير ملّى يسكّروا المواقع الإباحية إلّى أيّ واحد ينجّم يحلّها؟

mercredi 11 mai 2011

TAKRIZO ERGO SUM!



Même si je ne partage pas tout ce qu'il dit et fait, je dois au groupe Takriz beaucoup de choses. Pionnier de la cyberdissidence en Tunisie, il était aussi le premier à subir la censure sous le dictateur, maintenant il la subit sous la dictature provisoire (qui dure). J'ai maintes fois voulu écrire à propos de ce groupe dont le modus operandi m'intrigue et le positionnement idéologique est digne d'une étude approfondie en sociologie ou en sémiologie. Je le ferais un jour peut-être, mais en attendant, je suis solidaire avec Takriz et je dis: TAKRIZO ERGO SUM!



mardi 19 avril 2011

Bouazizi n'est pas un héros

Avec tous mes respects pour feu Bouazizi, et à bien y penser, je trouve que ce dernier était juste un gars ordinaire, insolent, frustré et misogyne. Les vrais héros, ce sont ceux qui sont morts après lui, ceux qui ont défié l'ordre pour la liberté. Et aujourd'hui, face aux résidus du RCD et aux fanatiques montants de l'au-delà qui les imitent, on a encore besoin de héros pour les contrer.

mercredi 6 avril 2011

تاريخ المستقبل



بورقيبة: تاريخ
بن علي: تاريخ الحاضر
النهضة (الكبوة): تاريخ المستقبل
وهكاكة قعدنا في التاريخ حتى لين ترخّ بينا.

vendredi 25 mars 2011

Samir, le fou du village

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J’aimerais par ce texte rendre hommage à un personnage qui m’a marqué dans mon enfance et dont je viens d’apprendre la mort, happé par une voiture folle. Dans ma petite ville natale, Samir était de loin le fou le plus célèbre. Enfant, il était un simple d’esprit et trop niais, il ne pouvait de toute évidence échapper à la raillerie et aux bastonnades que lui réservaient les garçons du voisinage et même parfois les adultes. On dit que depuis qu’il a perdu son œil par un jet de pierre qui lui était destiné, Samir devint fou. Certains disent qu’en jouant avec les amis du quartier, il s’aventura dans une maison abandonnée et tomba dans le puits et depuis, il était devenu fou parce que les jnouns du puits se sont emparés de son esprit.

Il faut dire que le terme folklorique de fou recouvre bien des maladies mentales auxquelles l’imaginaire collectif ne pouvait que réserver aversion, hantise par des djinns et superstition. Ainsi, le fou est de tout temps un personnage public de par son errance quotidienne dans les rues et avenues et de par sa marginalité qui lui confisque le droit d’être un individu et d’aspirer au respect. Le regard collectif porté à ce personnage public oscille entre la vision divertissante d’un clown avec ses mimiques et ses paroles enfantines, d’une part, et un transfert sadique lui conférant le rôle de souffre-douleur, d’autre part. Pour cette dernière fonction, l’humain n’innove pas. Faut-il rappeler que chez les singes bonobos, il existe toujours au sein du groupe un souffre-douleur que tout le monde frappe et agresse afin d’expier un mal, de canaliser une agressivité instinctive que même les fréquents rapports sexuels ne sauraient contenter? Sauf qu’il existe des différences notables entre les bonobos et les humains, les premiers sont beaucoup moins frustrés sexuellement et donc moins enclins à l’agressivité.

Le problème de Samir c’est qu’il était non seulement un souffre-douleur sur qui les gamins s’amusaient à jeter des pierres et que les adultes giflaient de temps à autre en ricanant, mais il était aussi vu comme une menace phallique potentielle du fait de l’absence chez lui de tout sens de la moralité. Il lui arrivait d’exhiber ses parties génitales aux jeunes femmes qui travaillaient dans les usines de textile.

J’ouvre une parenthèse ici, non pas pour parler de la loi 72, mais d’un article (plutôt d’une expectoration tuberculeuse, d’une logorrhée lépreuse). Publiée ici sur Facebook, le canal des journalistes et chroniqueurs ratés, cette logorrhée ou expectoration, appelez-la comme bon vous semble, dont l’auteur appelle explicitement à la lapidation de ceux qui osent remettre en question l’identité arabo-musulmane immuable, me fait penser à la position de Samir et du groupe d’enfants qui lui jettent des pierres. Dans l’hypophyse (car je présume qu’il pense avec son hypophyse) de cet homme qui visiblement est tunisien, travaille à Aljazeera, écrit des livres et est affilié au parti politico-religieux Ennahdha, se trouve logée la même image du marginal qui, par sa folie (demander à changer l’identité du pays est une folie, mais à ma connaissance personne n’a fait cette demande) doit être lapidé. Enfant, ce brillant journaliste a dû se livrer à l’exercice du jet de pierre sur le fou de son village et aujourd’hui encore, il est resté bloqué au stade anal sadique de l’enfance (l’enfant à ce stade défèque pour faire chier les adultes et y tire son plaisir érotique). Parenthèses fermées.

Enfant, on me disait de fuir Samir le fou parce qu’il courait derrière les enfants. J’ai même eu l’occasion de vivre cette situation. De loin, mes amis et moi vîmes surgir Samir. Premier réflexe d’enfants qui n’avaient pas encore atteint l’âge où ils surmontaient leur phobie non plus en fuyant, mais en jetant des pierres sur le fou, nous prîmes nos jambes à notre cou. Instantanément, Samir se mit à courir derrière nous et plus nous courions et nous criions, plus le fou accélérait et hurlait. Je compris plus tard que si Samir courait derrière les enfants, c’était juste par imitation. En effet, se sentant encore enfant, dans un corps d’homme, Samir pensait que les enfants, en le fuyant, voulaient jouer à cache-cache avec lui. La preuve en est que Samir parlait tel un enfant et conjuguait les verbes comme le font les enfants. D’ailleurs, son parler était source de raillerie pour tout le monde y compris pour les enfants eux-mêmes qui trouvaient drôle le fait qu’un adulte parlât comme eux.

J’ai assisté à la déchéance physique et mentale de Samir le fou. Regardant de travers parce que borgne, son dos finit par se courber et les multiples agressions et accidents qu’il subit (il a déjà été happé plusieurs fois par des voitures) le contraignirent à boiter. Je le vis pour la dernière fois il y a à peu près dix ans, il avait perdu presque toutes ses dents et sa vivacité d’esprit avec. Il était devenu une loque humaine et même les gens qui le prenaient pour le clown divertissant commençaient à le chasser car trop laid, trop absent pour communiquer ses réflexions absurdes et faire ainsi rire l’assistance. Ses yeux étaient absents et son esprit aussi probablement. Ses ricanements enfantins et bruyants laissèrent place à un silence lourd et son dos, à force de porter les fardeaux d’une société frustrée dans sa libido et satisfaite de sa normativité, s’était courbé encore plus. Et voilà qu’une voiture acheva les souffrances de ce fou-sage qui nous trouvait peut-être aussi pathétiques que des bonobos en abstinence.

mercredi 23 février 2011

Francophobie tunisienne, tunisophobie française

Combat du Giaour et du Pacha, Eugène Delacroix


Dans la crise actuelle qui ébranle les rapports entre le gouvernement français et la société civile tunisienne, j'aimerais proposer quelques points concrets à adopter sans aucune prétention d'analyse ni de théorisation, mon but étant de vulgariser et d'être dans l'action. Il va sans dire que le gouvernement français présente quelques symptômes fascistes (Faut-il rappeler que l'idéologie fasciste a été conçue en France à la fin du 19e siècle, mais que la société française n'a jamais cédé à celle-ci?). A cause des positions symptomatiques de ce fascisme des officiels français à l'égard de la société civile tunisienne, on remarque dernièrement la montée d'une certaine francophobie en Tunisie. Toutefois, il ne faut pas tomber dans le piège du racisme, car en France, il y a avant tout une société civile avec des gens ouverts et qui aiment la Tunisie, ensuite il y existe certains médias intègres et qui ont fait un excellent travail de couverture avant et après le 14 janvier. Au lieu donc de céder à la haine et de rejeter la culture française en bloc, les Tunisiens, afin de poser un geste concret et de diminuer l'influence des pouvoirs politiques et économiques français, doivent:

- Arrêter d'acheter les marques de voitures françaises (les sud-coréennes et les japonaises sont disponibles et le rapport qualité-prix est meilleur).

- Boycotter Air France et les marques françaises de vêtements, nourriture, électro-ménager, etc.

- Ne pas s'inspirer du modèle de laïcité à la française qui est tout sauf laïc, car il réprime les différences culturelles et cultuelles au nom de valeurs républicaines intégristes (les modèles turc et anglo-saxons ont démontré leur efficacité).

- Tenter d'influencer, après les élections legislatives et présidentielles en Tunisie, ses représentants politiques afin de chercher d'autres partenaires économiques, tels que la Turquie, le Brésil et l'Inde.

Par ailleurs, il serait vain de rejeter la langue française, car cette dernière non seulement ne représente plus la France - Elle est un vecteur dans tout le monde francophone (Afrique subsaharienne, Suisse, Belgique, Canada, Caraïbes, etc.) - mais elle est aussi un butin de guerre comme l'a dit Kateb Yacine. Et au lieu d'exclure une langue, il vaut mieux la sauvegarder comme une richesse et conquérir d'autres langues, telles que l'anglais, l'espagnol, etc tout en gardant bien sûr l'arabe comme principale langue.

Après cette série d'«injonctions» qui relèvent du registre passif consistant à la fois à rejeter et adopter, il faut que le citoyen tunisien commence sérieusement à songer à une société qui serait productive pour ne plus se contenter de boycotter tel produit et de consommer tel autre, car seule une société productive peut s'affranchir de toute sorte de colonialisme.

samedi 19 février 2011

اللّائكيين، الماسونيين، الكفار

Libé
أهوما اللّائكيين، الماسونيين، الكفار إلّي تخدّم فيهم فرنسا، إسرائيل و أمريكيا بش يبدّلونّا هويّتنا العربية و الإسلامية إلّي لازمها تقعد هي هي. و هالطرحة الفسّاد، الفاسقين، العاهرات، الشواذ، إلخ بش يمشيوا بعد المظاهرة يشمّو و يعملو برتوز (جنس جماعي). لازم نعملولهم ضربة «لبّيك اللّهم لبّيك».

vendredi 18 février 2011

وين ماشّيين؟


http://blackrep.wordpress.com/category/events/

عروق الدكتاتورية مازالت و قاعدة تنظّم في أمورها من طمس الأدلّة و الوثائق المدينة ليهم.
تكنوخراطيين يأمّنو في مصالح و ثروات السّراق الكبار و المتوسّطين إلّي مازالو بتعيين تجمّعيين في مناصب حكومية.
بوليسية يستبلهو في العباد و عاملين رواحهم خاطيهم.
معارضين من نهارة إلّي شدّو بليّصة و حطّو ترمهم على كراسي الحكم و لّاو يبخّرو بريحة المعارضة.
في نفس الوقت شنوّة إلّي قاعد يصير؟
موظفين و إطارات يطالبو بالزيادات في الشهرية و البلاد إقتصادها يحتضر.
إنتهازيين قاعدين يسرقو،
يبيعو و يشريو، يقسّمو في أراضي مش متاعهم و يبنيوا.
جماعة منصّبين رواحهم حماة الحمى و الدّين و يسكّرو في الكارتيات و هادّين عالبيران.
قسّ مسيحي مذبوح.
واحد ينادي بالحرّيات الفردية و لّى يحسّ في روحو منبوذ و ردّوه يدافع عالفساد و الإنحلال الأخلاقي.
وين ماشّيين؟
علاش هكّة؟
وينو المجتمع المدني إلّي بش نبنيوه مع بعضنا، الناس الكل اليد في اليد بإختلافاتنا الفكرية و الإيديولوجية و التربوية و المعتقداتية و الذاتية و البيدونية؟

lundi 14 février 2011

La dictature métaphysique



Au moment où des pestiférés appellent à l'instauration d'une théocratie, en Iran, cette même théocratie voit ses fondements (mais aussi ses fendements) ébranlés. Seraient-ce les derniers soubresauts d'une dictature métaphysique?


vendredi 4 février 2011

Mon Égypte



Mon Égypte, comment te raconter ma passion?

Je ne sais plus aligner les mots, si ce n’est une impression, une douceur, l’espace d’un souvenir, une lueur, le temps d’un désir.

Je t’ai connue il y a quelques années. Ton premier visage austère m’a un peu rebuté.

Cette masse uniforme m’a laissé interloqué.

Excepté tes taxis noir et blanc, ce n’est pas l’Égypte que j’ai connue dans les livres, les films et les feuilletons. Mais c’est bien une Égypte vivante, attrayante, sensuelle, sublime que tu offres au regard à force de pénétrer dans tes recoins, rues et foyers.

Tu es généreuse malgré ta pauvreté,

Splendide malgré tes rides,

Belle et fière malgré tes cicatrices.

Alexandrie est une cité d’or qui ne dort jamais. Traverser ses rues est un art bien local, manger dans ses resto populaires est un privilège. Sa lumière blanche me fait voir ma Méditerranée bien aimée. Sa côte est limpide malgré la densité et ses habitants ne lui tournent pas le dos malgré la morosité. Ses couples s’approprient la longue corniche et se pavanent en amoureux. Un romantisme plane dans l’air. Ses cafés sont mon univers, sa bibliothèque, joyau de l’humanité, m’envoûte.

Le Caire est orgueilleux, ses pyramides, gardées par des chameaux sous policiers en mitraillettes, sont indétrônables, mais pas ses Pharaons.

Ses rues encombrées laissent libre cours à l’anonymat, ses marchés colorés exhalent le parfum des mangues, du karkadi et des harankach. Son musée est un infini, un abîme historique sublime, une descente aux paradis. Ses momies vous regardent et vous laissent pantois.

Les cabarets des Saoudiens sont légion et les danseuses, loin de ressembler à celles de tes films, Égypte, sont de latex déshabillées. Plus on leur lance de l’argent, plus leur déhanché s’accentue et plus la foule exulte. Un spectacle pour les gens du Golfe dont le corps de la femme est un haut lieu de l’infâme.

Égypte! Qu’elles sont belles tes façades, couleur-terre, mais jamais ternes, tantôt ocres, tantôt jaunes. Tes checkpoints m’ont un peu intrigué, mais tes habitants ne peuvent circuler en toute liberté. J’étais plus libre qu’eux parce qu'étranger. Quelle aberration! Un Alexandrin de 18 ans m’a confié que son rêve était de visiter la mer Rouge. Je me suis senti mal en lui disant que j’y irais. La même sensation m’a envahi quand ta police a voulu me laisser passer avant la centaine d’étudiants qui faisaient la file pour entrer à la Bibliotheca Alexandrina. Mais je ne t’en ai pas voulu. Je savais que tu n’y étais pour rien.

Cap sur le Sud, cette immensité sans merci, ce cloître infini où s’étendent, à ma droite, le sable d’un désert rougeâtre parsemé ça et là de puits de pétrole et d’éoliennes russes; à ma gauche, l’eau limpide et foisonnante de la mer rouge.

Égypte! Tu sais être toi-même et différente, ouverte et fermée, crainte et désirée à la fois.

Ton Sud est muet, mais son silence est parlant. Ses gens ont l’air résignés, mais savent où aller.

Comment te raconter ma fierté quand un gardien, pensant que j’étais égyptien, m’a refusé l’entrée de l’hôtel. À ce moment-là, j’aurais voulu lui dire que je l’étais, mais je savais que ce n’était pas de sa faute, ni la tienne non plus.

En échange de quelques guenihs, un policier a proposé de garder mes valises le temps d’aller prendre un café. Il fait des heures supplémentaires à sa manière et je ne pouvais pas lui en vouloir.

Égypte, tu me manques et ta blessure aujourd’hui me bouleverse. Tu cries, je sais, tu veux briser tes chaines, je sais, et c’est douloureux. Il faut le faire, il est temps que tu accouches d’une nouvelle Égypte, car tes pharaons t’ont trop malmenée et tu as besoin de te recréer. Ça va faire mal, mais tu ne te porteras que mieux, crois-moi et je reviendrai te voir avec ton nouveau né.