Affichage des articles dont le libellé est Voyage. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Voyage. Afficher tous les articles

jeudi 7 février 2013

Ça brasse en Tunisie!


Chez le dentiste:
- Ça brasse en Tunisie!
- Oui, vous suivez l'actualité?
- Un peu. En fait je voulais y passer mes vacances, mais là...
- Ça bouge un peu, mais ce n'est pas si terrible que ça. Les zones touristiques sont épargnées.
- Justement, je n'ai pas envie de faire ce genre de tourisme. Je veux voir la société, vivre la culture... Je pense que je vais aller au Maroc plutôt. Ouvrez la bouche SVP!

vendredi 24 août 2012

Bienveni en Tinisie 2



© Alé Abdalla

Atterrissage sec, bouffée de chaleur charriant une canicule agréable à mon cœur. Fruits excessivement chers, taxistes maugréant, Burkinis mauves moulants, haleines de cheval, fumeurs entassés dans les cafés malgré la circulaire, raisins exquis, poisson frais, épaule contre épaule au marché central, interminables Klaxons, pickpockets tailladant les sacs à mains, graffitis contre graffitis, guerre idéologique, ponts décapés de leur couleur mauve, drapeaux géants remplaçant le portrait du pharaon gominé, présence formelle de flics, chiens errants, odeurs de pisse et de naphtaline, visages tannés et traits alourdis par le temps, bourgeois méfiants et barricadés, mendiantes avec bébés somnolents, bolides qui passent à 180 à l'heure, piétons sur la chaussée, voitures sur le trottoir, balafrés se tripotant la bite à chaque passage clitoridien, barbus se tripotant la barbe pour se rapprocher de dieu, touristes perplexes devant le jeûne imposant, rues désertes à l'approche de la rupture, lecture de coran diffusée à tue-tête hors des mosquées, Taxiste mélomane courtois, majestueuse méditerranée légèrement plissée, voyous en bande, jeunes femmes engantées, morceaux de verre polis par les vagues éternelles, détritus jonchant les rochers, plats exaltants, fou rire, crise de nerfs, à l’approche de la rupture, tout le monde se terre.
Plage, haut lieu social où trébuchent toutes les pratiques. Deux heures avant la rupture : des jeunes jouent au beach-ball; une mère jette la couche de son bébé juste à côté; n’eut été l’amortissement du sable, la couche aurait rebondi et serait venue s’installer confortablement sous mon parasol. Une famille d’Allemands se prélasse au soleil en regardant leurs enfants construire des châteaux de sable; deux quadragénaires bedonnants sortent lentement de l’eau dans un geste bien rodé afin d’économiser le plus d’énergie et de tuer le temps qui reste avant de se remplir la panse; une jeune mère en petite robe transparente, qui laisse voir un bikini rose, excite ainsi au passage les quelques yeux baladeurs. Elle est venue avec son esclave, une jeune femme aussi dans la fin vingtaine toute habillée. Elle lui laisse son bébé et part se baigner, revient, reprend le bébé et repart dans l’eau. La boniche-esclave se met instantanément debout et les surveille comme un chien qui monte la garde. Il n’est pas question de se baigner, elle est en service. Régulièrement, elle lance des regards furtifs vers la famille d’Allemands. Elle cherche peut-être à changer de propriétaire, qui sait. Un jeune couple d’Italiens passe, main dans la main, la fille porte bien un mini-bikini laissant paraitre des fesses parfaites. Deux grosses femmes voilées la lorgnent avec haine, puis font mine de regarder dans le vide, mais dans la même direction, comme si le vide pour elles se situait au même endroit.
La plage se vide des femmes, à mesure que l’heure de la rupture approche. Les connasses consentantes, des êtres réellement inférieurs aux hommes comme le mentionne le texte sacré auquel elles adhèrent sans broncher, partent préparer le festin. Les pères continuent à jouer avec leurs fils. Un couple profite de la désertion en masse pour se rapprocher plus dans l’eau. Le calme règne désormais sur la plage. L’ordre divin d’aller manger est tombé. La plage est magnifiquement calme, la mer est majestueusement vierge. Un moment paradisiaque qui ne dure qu’une heure, le temps que le troupeau ingurgite les bricks, chorbas, loubias et pastèques. Les bedonnants reprennent leur marche encore plus lourde désormais. Les gamins ressortent, les couches sont jetées, les bouteilles de plastique aussi, les emballages de toute sorte de pourriture. Il est temps de partir.

mercredi 22 juin 2011

الخلّاص و العشرة فرنك

ركبت في الكار. جاء سي الخلّاص، قالّي دينار و أربعين، مدّيتلو دينار و ميا. يخّي رجّعلي 50 فرنك و مشى.
ـ سامحني خويا.)طفّاني(، سامحني، يخّي مش قتلي دينار و أربعين؟ مالى ناقص 10 فرنك.
كي سمعني شنّعتها و العباد الكلّ  سمعوني، تلفّتلي و قالّي بكل محقرانيّة و و قاحة:
ـ تي على 10 فرنك قلبت الدنيا؟ هاي 10.
و رمى العشرة في يدّي و تهكّم.
ـ إين نعم، على 10 نقلب الدنيا، ماهمش فلوس؟ و إنت بانى حق تحطّها في جيبك. و تعمل هكّاكه مع 50 واحد في النّهار، قدّاش إطّلّع في اللّخّر؟
الرّاجل بدى يتسومم و قالّي برّى إشكي. إينعم، نشكي بيك على 10 فرنك. غزرلي:
ـ يخّي حاكم إنت؟
ـ علاه، ما فمّا كان الحاكم يشكي؟ آنا مواطن نعرف حقوقي.
كي شافني لساني طويل و جايب ما عندي على 10 فرنك، دوّر وجهو و مشى. تلفّتت للنّاس إلّي بجنبي، و أغلبيّتهم عمّال في المعامل، و حسّيت بنظرة مساندة )ممكن فمّا فيهم إلّي يضحك عليّ، أما حسّيت إلّي فرهدتلهم على قلوبهم(. كي جات المحطّة متاعي و عرفوني مانركبش ديما فالكار، و لّا راني ولّيت مهبول، قالولي هاذية المحطّة متاعك.
نجيوا توّة للتّفسير باش مايفهمني حدّ بالغالط. علاش شدّيت صحيح في 10، إلّي في العادة التاكسيست نخلّيلو 500 بوربوار؟ على خاطر السّيّد حبّ يطفّي الضّوء. و كان قالّي ماعندوش صرف السّماح. و حبّيت عالمبدأ نورّيه إلّي ماينجّمش يقلب النّاس هكّاكه. كلّمتو بكلّ هدوء ماللّول، اما كي رمالي ال10 و يتهكّم، و قتها هبلت عليه. كنت إنّجّم نطفّي الضّوء، يخّي 10 فرنك بش تزيد فيّ حاجة.

lundi 6 juin 2011

La Barbade ou le pays bajan

©3loullou



Les îles des caraïbes défilent sous le tube en métal à l’intérieur duquel on est agglutiné, petites, grandes, longues, montagneuses, escarpées, vertes, auréolées de bandes blanches, volcans qui fument, nuages qui se bousculent.

La dernière île à l’est de la mer caraïbe est singulièrement plate. Aucun volcan ne la soutient et les nuages ne font que passer. La verdure est moins présente et laisse place à des tâches jaunes. Point de forêt dense, point de dédales floraux et une faune discrète.

Accueil assez original. Que des douanières en uniforme bleu vif et au sourire mesuré. La politesse est de mise et l’accent est quelque peu british lequel s’estompe à mesure qu’on s’enfonce dans le pays pour se faire doubler par le bajan, dialecte où les mots sont hachurés et les phrases saccadés et scandées. Le dialecte bajan est agréable à écouter même si l’on ne comprend pas tout. Le hall d’entrée de l’aéroport de Bridgetown est semblable à un gigantesque paravent tant la façade ne possède pas de mur. La chaleur humide est écrasante, mais cela ne fait que titiller l’être sudiste qui tapit en moi.

Franchir l’aéroport d’un pays qui m’est encore inconnu est un des moments les plus intenses de ma vie. Je me sens sitôt submergé dans une autre dimension. Tous mes sens prospectent. Le large trottoir grouille de monde et surtout de chauffeurs de taxi en chemise et pantalon. Bizarrement, je ne suis point assailli par eux. Attiré par une chemise bleue et un badge, je me dirige alors vers un monsieur assis. Je comprends qu’il est chargé d’affecter les arrivants dans les taxis, voilà pourquoi les chauffeurs ne se battent pas pour nous avoir, contrairement à ce qui se passe dans les villes arabes. Il me tend un papier sur lequel il a marqué le montant de la course. Ce genre de détails me plait et me laisse moins sur mes gardes. Je prends place dans un grand taxi tout neuf et climatisé. Sur la route, je fais remarquer bêtement au chauffeur ma surprise de voir autant de femmes conduire alors que leurs hommes sont à côté. Le chauffeur éclate de rire et relève mon inhabitude de voir conduire à droite. Nous rions un bon coup. Les routes exiguës contrastent avec les grosses voitures aux vitres teintées et desquelles sort systématiquement du dancehall.

L’air salé finit par réveiller complètement l’être sudiste et marin en moi et j’emplis mes poumons de cet élément. Plages longues et étroites, un peu vides vu la saison, mais le beau temps est là en tout temps et même la pluie quotidienne qui ne dure que quelques minutes ne réussit guère à perturber une mer majestueuse.

Couleurs criardes de robes caribéennes accrochées dans des stands pour touristes à la sortie de la plage. Jeunes femmes caribéennes en mini-shorts moulants et quelques dames fonctionnaires en robes jaunes ou bleu vif attendent le bus.

À mesure que le soleil se couche, le rhum fait sa sortie sur les murets des plages, entouré de grosses bouteilles de soda et de musique dancehall des voitures garées autour.

Les mini-shorts cèdent le pas aux robes très courtes épousant des silhouettes ondulées.

Un rasta fari se lave les cheveux éternellement longs dans la mer sous le regard pieux des enfants qui jouent dans l’eau à côté. Mancenillier, arbre venimeux, étend ses tentacules sur la plage et exhorte les passants de ne pas s’y installer en cas de pluie.

Sur les étales du marché central quelques bananes plantains, avocats et goyaves importés des îles voisines attendent preneur. On me dit que les légumes et fruits sont un luxe ici que ne peut se payer que les riches propriétaires américains, canadiens et anglais des villas front de mer.

Le reste, c’est-à-dire 95% de la population, mange du poulet frit et ils sont bien servis par les grandes chaines de fastfood américain. Les enseignes des banques canadiennes, britanniques et américaines, elles, sont prêtes à service monsieur 5%.

Un crane rasé, grosse boucle d’oreille de pirate, marcel blanc et tatouages saute de la basse clôture d’une maison et court vers moi :

Hey! Yeh mon! How u doin’

Fine thanks and you?

You need somethin’ Weed, crack, coke, whot eva?

Oh! No thank you, I don’t smoke and I dont take drugs.

Oh! Rilly? Okey! You’re lookin’ fo’ geul’s? Tell me, an’ I bring you o’ you need. Two, three geu’ls?

Oh! No, no, I’m ok.

Rilly? So, wha’a you doin’ de’?

I’m just walking around, and discover the place by night.

Le marcel me fixe en fronçant les sourcils. Visiblement, il ne peut pas concevoir qu’un étranger puisse se balader seul le soir sans but précis. Il insiste encore, mais devant mon refus poli, il me tourne le dos exaspéré.

Après quelques jours de travail à l’université West Indies, je glisse dans la peau d’un touriste discret. La vie des étudiants sur le campus de Cave Hill se passe en plein air. Les salles de révision ne sont que des bancs entourés de gazon et le cours le plus suivi est celui d’athlétisme. Des sprinters courent accrochés à des mini-parachutes qui les ralentissent et rendent leur effort plus intense. Les étudiants les plus studieux s’entassent dans la bibliothèque et s’affairent à assimiler les gros livres de médecine. Les autres ricanent, mangent, jouent, se draguent et révisent un peu de temps à autre. Je ne peux pas les blâmer, étudiant, je faisais comme eux.

Je m’aventure seul au centre-ville malgré les avertissements des collègues qui habitent l’île depuis des années. Ils m’ont enjoint de prendre le taxi pour l’hôtel et quand je leur ai dit que j’allais prendre le bus, ils ont écarquillé les yeux. Je fais signe au premier bus de s’arrêter, ne sachant pas dans quelle direction il va. Je monte et demande au chauffeur s’il va au centre-ville. Il acquiesce de la tête. Je prends place et très vite les yeux se détournent de moi sauf ceux d’une vieille dame au visage de bronze parfaitement ridé et au regard perçant. Elle me dit de prendre une autre connexion pour pouvoir me rendre dans la zone des hôtels sans passer par le centre-ville, puis s’adresse au chauffeur en bajan. Après quelques minutes, elle se lève et me demande de la suivre. Nous descendons du bus et elle se penche sur moi pour me dire de faire attention et de ne pas m’aventurer seul à la nuit tombée. Je ris un peu en lui disant de ne pas s’inquiéter pour moi, mais comme une mère veilleuse, elle me dit que le centre-ville est sécuritaire seulement le jour et qu’elle sait de quoi elle parle. Elle salue quelques personnes au passage et reprend le fil de la discussion avec moi jusqu’à ce qu’un bus apparaisse. Elle s’adresse au chauffeur et me fait signe de monter. Je la remercie à la fois contrarié de passer pour un touriste fragile à qui on dicte l’itinéraire à suivre et touché par cette sympathique rencontre. Le minibus est bondé, on me fait une demi-place et je dois m’appuyer sur la portière pour bien tenir. La musique dancehall est à fond et le chauffeur aux dreadlocks bien alignés intercale plusieurs billets dans ses phalanges. Ainsi, des billets de 1, 5, 10 et 20$ sont répartis sur les quatre phalanges. Je quitte à contrecœur le centre-ville, décidé à y retourner le jour.

Les rares mets bajan que l’on trouve se font désirer. Poisson volant frit, marlin grillé, bananes plantains caramélisées et fondantes, gros riz américain, légumes servant de décor, bière locale légère, etc.

Grande distillerie de rhum qui a pignon sur mer. C’est probablement l’usine qui a la meilleure vue du monde. L’odeur de rhum est persistante, envahissante, étourdissante. Presser le pas est la seule issue pour éviter un coma éthylique. Quelques accoutumés, à moitié pompettes rien que par l’odeur gratuite que diffusent les cheminées, se prélassent entre la clôture de l’usine et la plage. Le chauffeur de taxi m’avait déjà expliqué que la canne à sucre est tout ce qui pousse sur l’île et comme industrie, c’est sa transformation en rhum qui prévaut. J’appris plus tard que c’était là, la plus vieille distillerie de rhum au monde.

Une pluie torrentielle s’abat et dure cette fois plus d’une demi-heure. Et bien que le ciel se soit ouvert comme une mer qui se déverse d’en haut, je continue ma marche trempé jusqu’aux os. À peine cette manne diluvienne terminée, le beau temps reprend le dessus et les plages se repeuplent. Un chant de gospel me parvient de loin. Je suis la source et je vois une église en plein air où des gens chantent et appalaudissent avec ferveur sous un chapiteau peint en vert. Les hommes portent des chemises en satin aux couleurs vives et les femmes de grandes robes colorées.

Le chant a vite disparu dès que j’ai immergé la tête dans l’eau. Une grosse tortue de mer grignote sagement tout ce qui colle aux coraux. Ma présence ne semble pas la déranger. Je m’approche encore plus sans trop faire de remous. Elle s’arrête un instant, tourne la tête pour me voir, me fixe un moment, puis replonge la tête dans les coraux. Je lui ai alors touché doucement la carapace sans qu’elle ne s’effarouche. Après quelques minutes passées à la dévisager, la tortue finit par me lancer un regard de lassitude. Je comprends le message et je m’éloigne de sitôt.

L’après midi, des coureurs, vieux, jeunes, femmes, hommes, sveltes, obèses, sillonnent la plage. Aux côtés du criquet et de la course de chevaux, la course est un sport national dans ce pays où il est interdit de fumer dans tous les lieux publics et même sur les terrasses.

Autant la côte Ouest est peuplée et sa mer caribéenne calme, autant la côte Est est déserte et son océan atlantique agité. Une seule grande maison en bois se tient sous la seule montagne d’à peine quelques dizaines de mètres de haut. La maison est tournée vers l’océan où les vagues successives s’échouent violemment sur la côte rocheuse. Le pays change de visage. On s’arrête, mes collègues et moi, un moment, et voilà qu’un monsieur sort de la maison et nous fait signe de nous approcher. Il nous invite à l’intérieur et nous explique qu’il est banquier et préfère venir les fins de semaine seul ici pour le calme de l’endroit. Il nous dit que c’est son paradis et nous offre de la bière importée bien fraîche. Nous quittons l’homme à contrecœur et nous reprenons la route pour boucler le tour de l’île.

Sur le chemin vers l’aéroport, le même chauffeur de taxi me raccompagne après m’avoir gentiment tendu le blouson que j’avais oublié dans son taxi à mon arrivée. Lui parlant du temps qu’il fait, et de la chance d’avoir une si belle plage à portée de main, il finit par me confier avec un sourire nostalgique qu’il n’a pas mis les pieds à la plage depuis vingt ans et que son temps est partagé entre le travail et ses enfants. N’ayant pas de compteur, je lui donne la même somme qu’à l’allée, le salue chaleureusement et tourne le dos malgré moi à un pays si captivant.

mercredi 20 avril 2011

Je suis arabe, mais...



La calligraphie est de Hassan Massoudy, 1984.

Je suis arabe, et le fado m’émeut, les mets peuls m'émoustillent

Je suis arabe, et la sagesse hindoue m’interpelle, la Natura rerum des Inuits, Cris, Incas et Aztèques m’enchante

Je suis arabe, et la philosophie allemande me fait réfléchir, la sensualité méditerranéenne m’enivre

Je suis arabe, et Thomas Sankara me montre un modèle, la discipline japonaise m’impressionne

Je suis arabe, et le savoir vivre italien m’inspire, la culture française m’occupe

Je suis arabe et la passion brésilienne me touche, la révolution tranquille des Québécois me donne de l’espoir

Je suis arabe et le cinéma italien, français, brésilien, japonais, burkinabé, méditerranéen et allemand me montre le sublime chemin, la mer caribéenne, rouge, méditerranéenne, pacifique, atlantique me contient et m’absorbe dans son utérus.

Je suis arabe et point, ce n’est pas tout.

vendredi 4 février 2011

Mon Égypte



Mon Égypte, comment te raconter ma passion?

Je ne sais plus aligner les mots, si ce n’est une impression, une douceur, l’espace d’un souvenir, une lueur, le temps d’un désir.

Je t’ai connue il y a quelques années. Ton premier visage austère m’a un peu rebuté.

Cette masse uniforme m’a laissé interloqué.

Excepté tes taxis noir et blanc, ce n’est pas l’Égypte que j’ai connue dans les livres, les films et les feuilletons. Mais c’est bien une Égypte vivante, attrayante, sensuelle, sublime que tu offres au regard à force de pénétrer dans tes recoins, rues et foyers.

Tu es généreuse malgré ta pauvreté,

Splendide malgré tes rides,

Belle et fière malgré tes cicatrices.

Alexandrie est une cité d’or qui ne dort jamais. Traverser ses rues est un art bien local, manger dans ses resto populaires est un privilège. Sa lumière blanche me fait voir ma Méditerranée bien aimée. Sa côte est limpide malgré la densité et ses habitants ne lui tournent pas le dos malgré la morosité. Ses couples s’approprient la longue corniche et se pavanent en amoureux. Un romantisme plane dans l’air. Ses cafés sont mon univers, sa bibliothèque, joyau de l’humanité, m’envoûte.

Le Caire est orgueilleux, ses pyramides, gardées par des chameaux sous policiers en mitraillettes, sont indétrônables, mais pas ses Pharaons.

Ses rues encombrées laissent libre cours à l’anonymat, ses marchés colorés exhalent le parfum des mangues, du karkadi et des harankach. Son musée est un infini, un abîme historique sublime, une descente aux paradis. Ses momies vous regardent et vous laissent pantois.

Les cabarets des Saoudiens sont légion et les danseuses, loin de ressembler à celles de tes films, Égypte, sont de latex déshabillées. Plus on leur lance de l’argent, plus leur déhanché s’accentue et plus la foule exulte. Un spectacle pour les gens du Golfe dont le corps de la femme est un haut lieu de l’infâme.

Égypte! Qu’elles sont belles tes façades, couleur-terre, mais jamais ternes, tantôt ocres, tantôt jaunes. Tes checkpoints m’ont un peu intrigué, mais tes habitants ne peuvent circuler en toute liberté. J’étais plus libre qu’eux parce qu'étranger. Quelle aberration! Un Alexandrin de 18 ans m’a confié que son rêve était de visiter la mer Rouge. Je me suis senti mal en lui disant que j’y irais. La même sensation m’a envahi quand ta police a voulu me laisser passer avant la centaine d’étudiants qui faisaient la file pour entrer à la Bibliotheca Alexandrina. Mais je ne t’en ai pas voulu. Je savais que tu n’y étais pour rien.

Cap sur le Sud, cette immensité sans merci, ce cloître infini où s’étendent, à ma droite, le sable d’un désert rougeâtre parsemé ça et là de puits de pétrole et d’éoliennes russes; à ma gauche, l’eau limpide et foisonnante de la mer rouge.

Égypte! Tu sais être toi-même et différente, ouverte et fermée, crainte et désirée à la fois.

Ton Sud est muet, mais son silence est parlant. Ses gens ont l’air résignés, mais savent où aller.

Comment te raconter ma fierté quand un gardien, pensant que j’étais égyptien, m’a refusé l’entrée de l’hôtel. À ce moment-là, j’aurais voulu lui dire que je l’étais, mais je savais que ce n’était pas de sa faute, ni la tienne non plus.

En échange de quelques guenihs, un policier a proposé de garder mes valises le temps d’aller prendre un café. Il fait des heures supplémentaires à sa manière et je ne pouvais pas lui en vouloir.

Égypte, tu me manques et ta blessure aujourd’hui me bouleverse. Tu cries, je sais, tu veux briser tes chaines, je sais, et c’est douloureux. Il faut le faire, il est temps que tu accouches d’une nouvelle Égypte, car tes pharaons t’ont trop malmenée et tu as besoin de te recréer. Ça va faire mal, mais tu ne te porteras que mieux, crois-moi et je reviendrai te voir avec ton nouveau né.

mercredi 15 décembre 2010

Un meurtre pas comme les autres


Toute ressemblance avec des événements et des personnes réels n’est pas fortuite et je tiens à m’excuser si cela peut offenser la famille de la victime qui se reconnaîtrait. Cependant, il y a eu quelques modifications qui font que le récit ci-dessous est fictif.

15h25 : L’autocar Greenhold se dirige vers Scarborough avec à son bord 55 passagers.
15H26 : Un Chinois d’une quarantaine d’années, assis dans les sièges arrières, se lève, sort un large couteau de son manteau et se dirige calmement vers le premier passager qui est assis devant lui. Il se penche sur lui, de la main gauche lui tient les cheveux les tirant vers le haut et de l’autre main applique, dans un mouvement de va-et-vient ordonné, le couteau sur la gorge du passager de 25 ans. Ce dernier n’a pas le temps de réaliser ce qui lui arrive que le sang de la jugulaire se met à couler comme dans un ruisseau fraîchement tracé. Un râle étouffé suit aussitôt et retentit par à-coups dans tout l’autocar. Les passagers n’ont pas fini de s’étonner de ce qui venait de se passer que le Chinois, toujours calme, finit par séparer la tête du corps et la promène désormais dans sa main gauche tout au long du couloir étroit. Il reste debout pendant quelques temps en regardant dans le vide comme s’il compte les goûtes de sang qui tombent sur la moquette.
15h29 : Le chauffeur se met sur le bas-côté de l’autoroute et arrête le véhicule en toute sécurité. Après les minutes d’étonnement, quelqu’un se lève et crie :
« Il me faut un fil et une aiguille! »
Le chauffeur de l’autocar bouscule un peu le Chinois, se tache les vêtements de sang et se précipite sur la boîte médicale rangée en haut sur sa droite. Il ouvre la boîte.
« Nous n’avons ni fil ni aiguille. Il y a du coton, des pansements et de l’alcool, est-ce que ça va? »
Le passager qui a crié et qui semble s’y connaître en médecine manifeste son énervement et lui dit que sans fil et aiguille, il ne peut rien faire et que Greenhold aurait dû penser à cette éventualité et se parer de fil et d’aiguille. Les minutes passent et chaque passager fouille en vain dans ses affaires à la recherche d’un fil et d’une aiguille. On a même cherché dans les poches de la victime qui, maintenant qu’elle est acéphale, ne bouge plus. Ils regardent tous le Chinois qui ne bouge pas lui non plus et ce dernier se sent obligé de faire quelque chose. Il pose la tête fraîchement coupée sur le siège du chauffeur et part chercher dans ses bagages en vain un fil et une aiguille. Tout le monde le regarde avec des yeux accusateurs en lui faisant comprendre qu’il aurait dû au moins prendre avec lui un fil et une aiguille. Le Chinois rougit de honte et se confond dans des excuses inaudibles.
Le premier crieur gronde et menace de poursuivre la compagnie de transport et dit au chauffeur que si dans les minutes qui suivent il n’y a ni fil ni aiguille, le jeune homme va mourir.
15h 45 : les ambulanciers et les voitures de police entourent l’autocar. Les secouristes n’ont pas pu sauver la victime car ils ont constaté sa mort.
17 jours plus tard : Une loi fédérale a été créée pour obliger toutes les compagnies d’autocars de se munir d’un fil et d’une aiguille. La loi, pour être conforme à la politique du multiculturalisme, stipule également qu’il faut avoir à bord trois fils : un blanc, un brun et un noir. Depuis ce temps-là, les autocars roulent en toute sécurité et les gens sont contents.






dimanche 5 décembre 2010

Vint temps



Photo: iStockphoto

Vint temps

Visages austères,

Mauvaises mines,

Lobes frontaux préoccupés par le train quotidien, les factures à payer, les courses à faire, les cadeaux de Noël à acheter, les rénovations à effectuer au sous-sol, les vacances rêvées dans le Sud, où Grosses bedaines se prélassent au soleil en ingurgitant un cocktail des Caraïbes à faire gonfler les clitoris des femelles venues se taper les gigolos d’ébène;

Lecture machinale du journal gratuit distribué à l’entrée par un sexagénaire qui fait des heures payé au salaire minimum de peur de trop puiser dans sa cagnotte de retraite, ne sachant pas combien de temps il lui reste à vivre;

Yeux plongés dans un gros livre de science fiction,

Doigts agiles s’agitent et s’alternent comme les pattes d’un scolopendre pour enfoncer les touches d’un téléphone intelligent;

Têtes se bercent au son d’une musique inaudible sous un casque de pilote d’avion;

Regards fixent le plafond et ils sont légion, d’autres regards lisent et relisent les panneaux publicitaires électroniques où la concurrence des universités se fait rude et côtoie celle des agences de voyage qui miroitent des vacances de rêve dans le Sud, où les grosses bedaines se prélassent au soleil en ingurgitant un cocktail des Caraïbes à faire bander les mâles venues se taper les gigolottes d’ébène;

Mêmes têtes descendent et remontent,

Même rythme berce la foule qui va au front après avoir gobé un café filtre sans sucre;

Mêmes chaussures se croisent et se décroisent, se touchent et se subductent pour tatouer dans l’éphémère le trajet de l’Autre;

Étourdissant décolleté ne trouve pas œil qui vive,

Étonnant silence règne et surpasse les décibels des roulements sur les rails dont le grincement se fait sentir d’un coup et faille faire tomber cette masse à moitié endormie et achever la subduction tâtonnante;

Yeux se réveillent,

Corps gigotent pour se remettre en place,

Étonnement mêlé d’effroi contamine toutes les rames;

Regards se croisent,

Doigts figent,

Yeux se baladent dans les quatre coins,

Jambes sont fébriles,

Chaussures se démêlent et Minutes durent une éternité.

« Un incident cause un ralentissement du service sur la ligne orange en direction de Montmorency. Veuillez nous excuser de ce contretemps et la reprise du trafic ne saura tarder, merci. », lance une voix monotone dans les haut-parleurs.

Regard collectif est porté aux montres,

Temps est sollicité, on lui demande des comptes, on veut qu’il s’arrête, on aimerait arrêter le chronomètre et ne pas compter le temps mort.

Une demi-heure plus tard, le métro reprend sa course, le chauffeur traumatisé a été remplacé par un autre, les passagers n’ont pas encore compris la cause de cet arrêt brusque que les préoccupations quotidiennes de courses, cadeaux, factures, vacances reprennent.