lundi 4 juillet 2011
Autoportrait (Chebba, Tunisia, 2011).
mercredi 22 juin 2011
الخلّاص و العشرة فرنك
ـ سامحني خويا.)طفّاني(، سامحني، يخّي مش قتلي دينار و أربعين؟ مالى ناقص 10 فرنك.
كي سمعني شنّعتها و العباد الكلّ سمعوني، تلفّتلي و قالّي بكل محقرانيّة و و قاحة:
ـ تي على 10 فرنك قلبت الدنيا؟ هاي 10.
و رمى العشرة في يدّي و تهكّم.
ـ إين نعم، على 10 نقلب الدنيا، ماهمش فلوس؟ و إنت بانى حق تحطّها في جيبك. و تعمل هكّاكه مع 50 واحد في النّهار، قدّاش إطّلّع في اللّخّر؟
الرّاجل بدى يتسومم و قالّي برّى إشكي. إينعم، نشكي بيك على 10 فرنك. غزرلي:
ـ يخّي حاكم إنت؟
ـ علاه، ما فمّا كان الحاكم يشكي؟ آنا مواطن نعرف حقوقي.
كي شافني لساني طويل و جايب ما عندي على 10 فرنك، دوّر وجهو و مشى. تلفّتت للنّاس إلّي بجنبي، و أغلبيّتهم عمّال في المعامل، و حسّيت بنظرة مساندة )ممكن فمّا فيهم إلّي يضحك عليّ، أما حسّيت إلّي فرهدتلهم على قلوبهم(. كي جات المحطّة متاعي و عرفوني مانركبش ديما فالكار، و لّا راني ولّيت مهبول، قالولي هاذية المحطّة متاعك.
نجيوا توّة للتّفسير باش مايفهمني حدّ بالغالط. علاش شدّيت صحيح في 10، إلّي في العادة التاكسيست نخلّيلو 500 بوربوار؟ على خاطر السّيّد حبّ يطفّي الضّوء. و كان قالّي ماعندوش صرف السّماح. و حبّيت عالمبدأ نورّيه إلّي ماينجّمش يقلب النّاس هكّاكه. كلّمتو بكلّ هدوء ماللّول، اما كي رمالي ال10 و يتهكّم، و قتها هبلت عليه. كنت إنّجّم نطفّي الضّوء، يخّي 10 فرنك بش تزيد فيّ حاجة.
lundi 6 juin 2011
La Barbade ou le pays bajan
©3loullou
Les îles des caraïbes défilent sous le tube en métal à l’intérieur duquel on est agglutiné, petites, grandes, longues, montagneuses, escarpées, vertes, auréolées de bandes blanches, volcans qui fument, nuages qui se bousculent.
La dernière île à l’est de la mer caraïbe est singulièrement plate. Aucun volcan ne la soutient et les nuages ne font que passer. La verdure est moins présente et laisse place à des tâches jaunes. Point de forêt dense, point de dédales floraux et une faune discrète.
Accueil assez original. Que des douanières en uniforme bleu vif et au sourire mesuré. La politesse est de mise et l’accent est quelque peu british lequel s’estompe à mesure qu’on s’enfonce dans le pays pour se faire doubler par le bajan, dialecte où les mots sont hachurés et les phrases saccadés et scandées. Le dialecte bajan est agréable à écouter même si l’on ne comprend pas tout. Le hall d’entrée de l’aéroport de Bridgetown est semblable à un gigantesque paravent tant la façade ne possède pas de mur. La chaleur humide est écrasante, mais cela ne fait que titiller l’être sudiste qui tapit en moi.
Franchir l’aéroport d’un pays qui m’est encore inconnu est un des moments les plus intenses de ma vie. Je me sens sitôt submergé dans une autre dimension. Tous mes sens prospectent. Le large trottoir grouille de monde et surtout de chauffeurs de taxi en chemise et pantalon. Bizarrement, je ne suis point assailli par eux. Attiré par une chemise bleue et un badge, je me dirige alors vers un monsieur assis. Je comprends qu’il est chargé d’affecter les arrivants dans les taxis, voilà pourquoi les chauffeurs ne se battent pas pour nous avoir, contrairement à ce qui se passe dans les villes arabes. Il me tend un papier sur lequel il a marqué le montant de la course. Ce genre de détails me plait et me laisse moins sur mes gardes. Je prends place dans un grand taxi tout neuf et climatisé. Sur la route, je fais remarquer bêtement au chauffeur ma surprise de voir autant de femmes conduire alors que leurs hommes sont à côté. Le chauffeur éclate de rire et relève mon inhabitude de voir conduire à droite. Nous rions un bon coup. Les routes exiguës contrastent avec les grosses voitures aux vitres teintées et desquelles sort systématiquement du dancehall.
L’air salé finit par réveiller complètement l’être sudiste et marin en moi et j’emplis mes poumons de cet élément. Plages longues et étroites, un peu vides vu la saison, mais le beau temps est là en tout temps et même la pluie quotidienne qui ne dure que quelques minutes ne réussit guère à perturber une mer majestueuse.
Couleurs criardes de robes caribéennes accrochées dans des stands pour touristes à la sortie de la plage. Jeunes femmes caribéennes en mini-shorts moulants et quelques dames fonctionnaires en robes jaunes ou bleu vif attendent le bus.
À mesure que le soleil se couche, le rhum fait sa sortie sur les murets des plages, entouré de grosses bouteilles de soda et de musique dancehall des voitures garées autour.
Les mini-shorts cèdent le pas aux robes très courtes épousant des silhouettes ondulées.
Un rasta fari se lave les cheveux éternellement longs dans la mer sous le regard pieux des enfants qui jouent dans l’eau à côté. Mancenillier, arbre venimeux, étend ses tentacules sur la plage et exhorte les passants de ne pas s’y installer en cas de pluie.
Sur les étales du marché central quelques bananes plantains, avocats et goyaves importés des îles voisines attendent preneur. On me dit que les légumes et fruits sont un luxe ici que ne peut se payer que les riches propriétaires américains, canadiens et anglais des villas front de mer.
Le reste, c’est-à-dire 95% de la population, mange du poulet frit et ils sont bien servis par les grandes chaines de fastfood américain. Les enseignes des banques canadiennes, britanniques et américaines, elles, sont prêtes à service monsieur 5%.
Un crane rasé, grosse boucle d’oreille de pirate, marcel blanc et tatouages saute de la basse clôture d’une maison et court vers moi :
Hey! Yeh mon! How u doin’
Fine thanks and you?
You need somethin’ Weed, crack, coke, whot eva?
Oh! No thank you, I don’t smoke and I dont take drugs.
Oh! Rilly? Okey! You’re lookin’ fo’ geul’s? Tell me, an’ I bring you o’ you need. Two, three geu’ls?
Oh! No, no, I’m ok.
Rilly? So, wha’a you doin’ de’?
I’m just walking around, and discover the place by night.
Le marcel me fixe en fronçant les sourcils. Visiblement, il ne peut pas concevoir qu’un étranger puisse se balader seul le soir sans but précis. Il insiste encore, mais devant mon refus poli, il me tourne le dos exaspéré.
Après quelques jours de travail à l’université West Indies, je glisse dans la peau d’un touriste discret. La vie des étudiants sur le campus de Cave Hill se passe en plein air. Les salles de révision ne sont que des bancs entourés de gazon et le cours le plus suivi est celui d’athlétisme. Des sprinters courent accrochés à des mini-parachutes qui les ralentissent et rendent leur effort plus intense. Les étudiants les plus studieux s’entassent dans la bibliothèque et s’affairent à assimiler les gros livres de médecine. Les autres ricanent, mangent, jouent, se draguent et révisent un peu de temps à autre. Je ne peux pas les blâmer, étudiant, je faisais comme eux.
Je m’aventure seul au centre-ville malgré les avertissements des collègues qui habitent l’île depuis des années. Ils m’ont enjoint de prendre le taxi pour l’hôtel et quand je leur ai dit que j’allais prendre le bus, ils ont écarquillé les yeux. Je fais signe au premier bus de s’arrêter, ne sachant pas dans quelle direction il va. Je monte et demande au chauffeur s’il va au centre-ville. Il acquiesce de la tête. Je prends place et très vite les yeux se détournent de moi sauf ceux d’une vieille dame au visage de bronze parfaitement ridé et au regard perçant. Elle me dit de prendre une autre connexion pour pouvoir me rendre dans la zone des hôtels sans passer par le centre-ville, puis s’adresse au chauffeur en bajan. Après quelques minutes, elle se lève et me demande de la suivre. Nous descendons du bus et elle se penche sur moi pour me dire de faire attention et de ne pas m’aventurer seul à la nuit tombée. Je ris un peu en lui disant de ne pas s’inquiéter pour moi, mais comme une mère veilleuse, elle me dit que le centre-ville est sécuritaire seulement le jour et qu’elle sait de quoi elle parle. Elle salue quelques personnes au passage et reprend le fil de la discussion avec moi jusqu’à ce qu’un bus apparaisse. Elle s’adresse au chauffeur et me fait signe de monter. Je la remercie à la fois contrarié de passer pour un touriste fragile à qui on dicte l’itinéraire à suivre et touché par cette sympathique rencontre. Le minibus est bondé, on me fait une demi-place et je dois m’appuyer sur la portière pour bien tenir. La musique dancehall est à fond et le chauffeur aux dreadlocks bien alignés intercale plusieurs billets dans ses phalanges. Ainsi, des billets de 1, 5, 10 et 20$ sont répartis sur les quatre phalanges. Je quitte à contrecœur le centre-ville, décidé à y retourner le jour.
Les rares mets bajan que l’on trouve se font désirer. Poisson volant frit, marlin grillé, bananes plantains caramélisées et fondantes, gros riz américain, légumes servant de décor, bière locale légère, etc.
Grande distillerie de rhum qui a pignon sur mer. C’est probablement l’usine qui a la meilleure vue du monde. L’odeur de rhum est persistante, envahissante, étourdissante. Presser le pas est la seule issue pour éviter un coma éthylique. Quelques accoutumés, à moitié pompettes rien que par l’odeur gratuite que diffusent les cheminées, se prélassent entre la clôture de l’usine et la plage. Le chauffeur de taxi m’avait déjà expliqué que la canne à sucre est tout ce qui pousse sur l’île et comme industrie, c’est sa transformation en rhum qui prévaut. J’appris plus tard que c’était là, la plus vieille distillerie de rhum au monde.
Une pluie torrentielle s’abat et dure cette fois plus d’une demi-heure. Et bien que le ciel se soit ouvert comme une mer qui se déverse d’en haut, je continue ma marche trempé jusqu’aux os. À peine cette manne diluvienne terminée, le beau temps reprend le dessus et les plages se repeuplent. Un chant de gospel me parvient de loin. Je suis la source et je vois une église en plein air où des gens chantent et appalaudissent avec ferveur sous un chapiteau peint en vert. Les hommes portent des chemises en satin aux couleurs vives et les femmes de grandes robes colorées.
Le chant a vite disparu dès que j’ai immergé la tête dans l’eau. Une grosse tortue de mer grignote sagement tout ce qui colle aux coraux. Ma présence ne semble pas la déranger. Je m’approche encore plus sans trop faire de remous. Elle s’arrête un instant, tourne la tête pour me voir, me fixe un moment, puis replonge la tête dans les coraux. Je lui ai alors touché doucement la carapace sans qu’elle ne s’effarouche. Après quelques minutes passées à la dévisager, la tortue finit par me lancer un regard de lassitude. Je comprends le message et je m’éloigne de sitôt.
L’après midi, des coureurs, vieux, jeunes, femmes, hommes, sveltes, obèses, sillonnent la plage. Aux côtés du criquet et de la course de chevaux, la course est un sport national dans ce pays où il est interdit de fumer dans tous les lieux publics et même sur les terrasses.
Autant la côte Ouest est peuplée et sa mer caribéenne calme, autant la côte Est est déserte et son océan atlantique agité. Une seule grande maison en bois se tient sous la seule montagne d’à peine quelques dizaines de mètres de haut. La maison est tournée vers l’océan où les vagues successives s’échouent violemment sur la côte rocheuse. Le pays change de visage. On s’arrête, mes collègues et moi, un moment, et voilà qu’un monsieur sort de la maison et nous fait signe de nous approcher. Il nous invite à l’intérieur et nous explique qu’il est banquier et préfère venir les fins de semaine seul ici pour le calme de l’endroit. Il nous dit que c’est son paradis et nous offre de la bière importée bien fraîche. Nous quittons l’homme à contrecœur et nous reprenons la route pour boucler le tour de l’île.
Sur le chemin vers l’aéroport, le même chauffeur de taxi me raccompagne après m’avoir gentiment tendu le blouson que j’avais oublié dans son taxi à mon arrivée. Lui parlant du temps qu’il fait, et de la chance d’avoir une si belle plage à portée de main, il finit par me confier avec un sourire nostalgique qu’il n’a pas mis les pieds à la plage depuis vingt ans et que son temps est partagé entre le travail et ses enfants. N’ayant pas de compteur, je lui donne la même somme qu’à l’allée, le salue chaleureusement et tourne le dos malgré moi à un pays si captivant.
mercredi 20 avril 2011
Je suis arabe, mais...

La calligraphie est de Hassan Massoudy, 1984.
Je suis arabe, et le fado m’émeut, les mets peuls m'émoustillent
Je suis arabe, et la sagesse hindoue m’interpelle, la Natura rerum des Inuits, Cris, Incas et Aztèques m’enchante
Je suis arabe, et la philosophie allemande me fait réfléchir, la sensualité méditerranéenne m’enivre
Je suis arabe, et Thomas Sankara me montre un modèle, la discipline japonaise m’impressionne
Je suis arabe, et le savoir vivre italien m’inspire, la culture française m’occupe
Je suis arabe et la passion brésilienne me touche, la révolution tranquille des Québécois me donne de l’espoir
Je suis arabe et le cinéma italien, français, brésilien, japonais, burkinabé, méditerranéen et allemand me montre le sublime chemin, la mer caribéenne, rouge, méditerranéenne, pacifique, atlantique me contient et m’absorbe dans son utérus.
Je suis arabe et point, ce n’est pas tout.
vendredi 8 avril 2011
النوري بوزيد ضرب روحو وحده

النوري بوزيد ضرب روحو وحده و يكذب على العباد. يحب يسترجع شهرته بعد
تصريحاته إلّي تحرّض على ثقافة العهر. تصوّرو صبية تسمعو ولّا تتفرّجلو على أفلامه، مو ممبعد تمشي تحلّ ساقيها و عينيها مغمّضة. عاد سي السيد يحب يظهر كضحية و ملقاش حلّ آخر غير تشليط راسو باش يوحّلوها في الإخوان الشرفاء إلي ينبذو العنف. أمّا بعد، فستتجلّى الحقيقة و يبان الباطل و يفهم إلي بابوره زفّر. وهكاكة يخلّي لبلاصة لسنمائيين مستقلين عن الغرب الكافر الفاسق باش يعملوننا أفلام تدعوا إلى الأخلاق الحميدة و العلجية و الحورية إلى أن يتمّ بإذن الله و الغنوشي القضاء تدريجيا على هذا الفن و غيره لأنه حرام زقّوم. وإلّي موش عاجبو نكسّرولو فمّو بقدرة الخالق.
jeudi 7 avril 2011
Le point commun entre Bourguiba et Hitler
Quel est le point commun entre :
H. Bourguiba
M. Bouazizi
R. Ghannouchi
Mohamed VI
Le prophète Mohamed
Jésus
Ghandi
Le pape
B. Obama
Ché Guevara
C. Marx
A. Hitler
Etc?
Ils font tous caca...
vendredi 25 mars 2011
Samir, le fou du village

J’aimerais par ce texte rendre hommage à un personnage qui m’a marqué dans mon enfance et dont je viens d’apprendre la mort, happé par une voiture folle. Dans ma petite ville natale, Samir était de loin le fou le plus célèbre. Enfant, il était un simple d’esprit et trop niais, il ne pouvait de toute évidence échapper à la raillerie et aux bastonnades que lui réservaient les garçons du voisinage et même parfois les adultes. On dit que depuis qu’il a perdu son œil par un jet de pierre qui lui était destiné, Samir devint fou. Certains disent qu’en jouant avec les amis du quartier, il s’aventura dans une maison abandonnée et tomba dans le puits et depuis, il était devenu fou parce que les jnouns du puits se sont emparés de son esprit.
Il faut dire que le terme folklorique de fou recouvre bien des maladies mentales auxquelles l’imaginaire collectif ne pouvait que réserver aversion, hantise par des djinns et superstition. Ainsi, le fou est de tout temps un personnage public de par son errance quotidienne dans les rues et avenues et de par sa marginalité qui lui confisque le droit d’être un individu et d’aspirer au respect. Le regard collectif porté à ce personnage public oscille entre la vision divertissante d’un clown avec ses mimiques et ses paroles enfantines, d’une part, et un transfert sadique lui conférant le rôle de souffre-douleur, d’autre part. Pour cette dernière fonction, l’humain n’innove pas. Faut-il rappeler que chez les singes bonobos, il existe toujours au sein du groupe un souffre-douleur que tout le monde frappe et agresse afin d’expier un mal, de canaliser une agressivité instinctive que même les fréquents rapports sexuels ne sauraient contenter? Sauf qu’il existe des différences notables entre les bonobos et les humains, les premiers sont beaucoup moins frustrés sexuellement et donc moins enclins à l’agressivité.
Le problème de Samir c’est qu’il était non seulement un souffre-douleur sur qui les gamins s’amusaient à jeter des pierres et que les adultes giflaient de temps à autre en ricanant, mais il était aussi vu comme une menace phallique potentielle du fait de l’absence chez lui de tout sens de la moralité. Il lui arrivait d’exhiber ses parties génitales aux jeunes femmes qui travaillaient dans les usines de textile.
J’ouvre une parenthèse ici, non pas pour parler de la loi 72, mais d’un article (plutôt d’une expectoration tuberculeuse, d’une logorrhée lépreuse). Publiée ici sur Facebook, le canal des journalistes et chroniqueurs ratés, cette logorrhée ou expectoration, appelez-la comme bon vous semble, dont l’auteur appelle explicitement à la lapidation de ceux qui osent remettre en question l’identité arabo-musulmane immuable, me fait penser à la position de Samir et du groupe d’enfants qui lui jettent des pierres. Dans l’hypophyse (car je présume qu’il pense avec son hypophyse) de cet homme qui visiblement est tunisien, travaille à Aljazeera, écrit des livres et est affilié au parti politico-religieux Ennahdha, se trouve logée la même image du marginal qui, par sa folie (demander à changer l’identité du pays est une folie, mais à ma connaissance personne n’a fait cette demande) doit être lapidé. Enfant, ce brillant journaliste a dû se livrer à l’exercice du jet de pierre sur le fou de son village et aujourd’hui encore, il est resté bloqué au stade anal sadique de l’enfance (l’enfant à ce stade défèque pour faire chier les adultes et y tire son plaisir érotique). Parenthèses fermées.
Enfant, on me disait de fuir Samir le fou parce qu’il courait derrière les enfants. J’ai même eu l’occasion de vivre cette situation. De loin, mes amis et moi vîmes surgir Samir. Premier réflexe d’enfants qui n’avaient pas encore atteint l’âge où ils surmontaient leur phobie non plus en fuyant, mais en jetant des pierres sur le fou, nous prîmes nos jambes à notre cou. Instantanément, Samir se mit à courir derrière nous et plus nous courions et nous criions, plus le fou accélérait et hurlait. Je compris plus tard que si Samir courait derrière les enfants, c’était juste par imitation. En effet, se sentant encore enfant, dans un corps d’homme, Samir pensait que les enfants, en le fuyant, voulaient jouer à cache-cache avec lui. La preuve en est que Samir parlait tel un enfant et conjuguait les verbes comme le font les enfants. D’ailleurs, son parler était source de raillerie pour tout le monde y compris pour les enfants eux-mêmes qui trouvaient drôle le fait qu’un adulte parlât comme eux.
J’ai assisté à la déchéance physique et mentale de Samir le fou. Regardant de travers parce que borgne, son dos finit par se courber et les multiples agressions et accidents qu’il subit (il a déjà été happé plusieurs fois par des voitures) le contraignirent à boiter. Je le vis pour la dernière fois il y a à peu près dix ans, il avait perdu presque toutes ses dents et sa vivacité d’esprit avec. Il était devenu une loque humaine et même les gens qui le prenaient pour le clown divertissant commençaient à le chasser car trop laid, trop absent pour communiquer ses réflexions absurdes et faire ainsi rire l’assistance. Ses yeux étaient absents et son esprit aussi probablement. Ses ricanements enfantins et bruyants laissèrent place à un silence lourd et son dos, à force de porter les fardeaux d’une société frustrée dans sa libido et satisfaite de sa normativité, s’était courbé encore plus. Et voilà qu’une voiture acheva les souffrances de ce fou-sage qui nous trouvait peut-être aussi pathétiques que des bonobos en abstinence.
vendredi 18 mars 2011
La St-Patrick et le chant islamique
Aussitôt le cours terminé, je me pressai de quitter mes étudiants et de reprendre la route vers Montréal. Cependant, à peine je mis les pieds dehors, je vis passer des étudiants par petites bandes, habillés en vert, chantant et sautant de joie. Je me souvins alors que c’était la St-Patrick. J’eus l’idée d’aller faire un tour au downtown, histoire d’oublier mes préoccupations qui commençaient à peser sur mon moral : Tunisie, Libye, etc.
J’eus envie de me changer les idées. Sitôt pensé, sitôt fait, je me retrouvai, après à peine quelques centaines de mètres de marche, en plein cœur du quartier des bars. Bien qu’il soit d’habitude un peu morne, le quartier affichait des couleurs vives, du vert surtout, la fête battait son plein et les gens étaient tous dehors, aux terrasses des bars et sur les trottoirs. De chaque bar émanait un style de musique différent. À travers les vitres, on pouvait voir les musiciens jouer et ce fut ainsi que le promeneur avait le privilège de folâtrer d’un coin à l’autre sans s’engouffrer dans un bar au risque de se couper de ce qui se passait juste à côté. La majorité des filles était habillée de minijupes et montrait un généreux décolleté et les gars étaient attifés de longs chapeaux verts. Mais il n’y avait pas que les Irlandais qui étaient de la fête. La foule ne pouvait se contenter d’une seule corde, d’un seul son, d’un seul peuple au risque d’être perçue comme un bloc homogène. Des Caribéens, Anglais, Québécois, des Amérindiens qui mendiaient, etc. partageaient la bière avec les Irlandais. Ce fut moins l’envie de rester que celle de reprendre la route le plus tôt possible qui m’enjoignit de presser le pas et de laisser derrière moi tous ces gens joyeux et cette ambiance bon enfant. Les musiques des bars commençaient à s’atténuer et à me parvenir en sourdine jusqu’à ce qu’elles disparaissent laissant le calme envahir le quartier des ministères, des affaires et des ambassades. Soudain, ma surprise fut grande de percevoir un autre son de musique parvenir de loin et s’élever dans le ciel, signe que cela se passait en plein air. Je crus un instant que c’était encore la fête de la St-Patrick, mais en tendant plus l’oreille, je pus distinguer un chant islamique. Et oui, un chant islamique, les fameuses chansons a cappella, sans les instruments du diable. Je jetai un regard furtif sur ma montre et je pressai aussitôt le pas en direction de ces mélodies. J’avais encore une dizaine de minutes avant de partir. Après avoir traversé deux blocs de rue, en suivant le lieu de provenance de la musique (pratique que j’avais longtemps affûtée en me rendant aux mariages en Tunisie), je me retrouvai devant le parlement canadien. Le mystère ne faisait que s’accentuer et, malgré mon temps limité, je traversai la rue pour approcher encore plus la foule qui était amassée devant l’entrée du parlement. Je pus distinguer de loin quelques dizaines de personnes, des femmes voilées et des hommes barbus pour la plupart et qui chantaient, accompagnés d’un enregistrement et d'un mégaphone, des chants islamiques (vous savez, les fameux chants que les djihadistes mettent dans leurs vidéos en Tchétchénie). La foule était quadrillée ou plutôt protégée par deux voitures de police. Malheureusement, je ne pus distinguer les pancartes ni connaître l’objet du rassemblement. Comme j’étais pressé, je rebroussai vite chemin laissant derrière moi ce chant mélancolique à la limite du geignement. Ils étaient peut-être là pour la Libye... ou pour l’établissement d’un tribunal islamique (la demande fut gentiment refusée il y a quelques années). Cette idée me rappela mes préoccupations que je voulais enfouir en l’espace de quelques heures, mais les voilà qui rejaillirent de plus belle à tel point que ce chant islamique faillit m’émouvoir. Je me ressaisis en me disant qu’elle était belle la liberté, que c’était beau de voir dans une même ville autant de jeunes femmes en minijupes, de fêtes, de femmes voilées et de barbus qui manifestaient devant le parlement d’un gouvernement conservateur. Vive la liberté et vive la démocratie! On comprend mieux maintenant pourquoi nos chers islamistes tunisiens préférèrent Londres à Djedda. Mais seraient-ils en mesure, eux qui ont profité de cette liberté occidentale, de garantir les libertés une fois au pouvoir?