Tunis, 5 heures du matin. Un taxi se dirige vers l'aéroport pour mettre fin à un mois de vacances, de hauts et de bas, d'émerveillement et d'énervement, d'espoir et de désillusion. Le jeune conducteur est singulièrement taciturne. Ô toi qui voyage seul! La voix de Najet Essaghira emplit l'habitacle et suspend le temps. Soudain, tout se met à défiler au ralenti, la fraîcheur typique de l'aube, les rues désertes, les magasins et restaurants encore fermés, le ciel d'un noir qui tire vers le bleu, le calme fragile et l'esprit émerveillé par cet instant magique...
jeudi 26 mars 2015
samedi 21 mars 2015
Instant magique II
Messini, village de la région de Kalamata. Tard le soir. Tentative de retour à l'hôtel en pleine campagne péloponnésienne à travers les rues sinueuses et mal indiquées. Se retrouver au bout d'une dizaine de minutes de trajet dans une impasse. Tout est noir autour et la rue s'arrête pour laisser place à un marécage. Manoeuvre de demi-tour à la lisière des roseaux et surprise. Là, au milieu du chemin, le regard soutenu d'un petit hibou. Deux ou trois minutes passent, peut-être plus et le hibou ne bouge pas. Ébloui par la lumière de la voiture, il fige, mais on aime à croire que ce regard perçant est communicatif, on aime à lui trouver un sens, car il est magique. Éteindre les lumières, le laisser s'envoler et reprendre le chemin du retour.
jeudi 12 mars 2015
Instant magique I
Athènes, été 2012, en pleins jeux olympiques. La terrasse d'un bar. Écrans géants aux quatre coins. On y diffuse la finale des 100 mètres. Le commentateur grec crie et la foule, amassée devant le bar, arrête de respirer pendant quelques secondes, le temps qu'Usain Bolt terrasse ses adversaires et franchit la ligne d'arrivée. Jubilation! Un sentiment de fierté flotte dans l'air chez les descendants des créateurs des jeux olympiques. Instant magique.
vendredi 26 décembre 2014
Couscous à la Barbade
Je suis en train de chercher un sentier pour accéder à la plage à travers une forêt dense et un terrain escarpé quand je tombe sur un jeune du village tenant fermement sa planche de surf et un adulte qui porte dans ses bras une petite fille. Ils me demandent si je cherche la plage et m'invitent à les suivre. En descendant la montagne, le jeune me pose des questions sur mon pays d'origine et tout le reste. Beaucoup moins orgueilleux que les adultes qui n'osent pas me demander où se trouve la Tunisie, le jeune homme s'exclame : « Wher'z dat? »... « A ' u serious? »... « You're African ? »
Il m'avoue que c'est bien la première fois qu'il rencontre un Africain. Le père de la fille a de la famille au Canada et a entendu parler du Maroc, car l'un de ses proches travaille comme chauffeur de taxi à Montréal.
On arrive à la plage, déserte et majestueuse, avec quelques vagues mais des courants intenses. On s'installe sous un cocotier penché et la discussion se poursuit sur mon pays d'origine qui semble intriguer le jeune surfeur. Je suis en train de lui parler de couscous, le plat national, quand soudain un gros pick-up aux vitres teintées surgit de nulle part. Quatre individus aux lunettes noires, probablement des touristes, portant des combinaisons hi-tech de surf, en sortent et, sans même nous prêter attention, commencent à scruter les vagues. Au bout de quelques minutes d'observations, ils remontent et font demi-tour pour aller probablement chercher un autre spot avec des vagues plus hautes. Après un moment de silence, nous reprenons paisiblement la discussion sur le couscous et le surf.
mardi 22 juillet 2014
Solidarité ou Tribalisme?
Des civils à Gaza meurent et c'est horrible. Mais il y en a qui ont une solidarité sélective et centripète. Ils pètent juste quand il s'agit de leur «ethnie». Qu'en est-il des chrétiens d'Irak expulsés de chez eux? Qu'en est-il des Amazighs étouffés? Des syriens assassinés, des militaires tunisiens sacrifiés? Des ethnies soudanaises ostracisées et massacrées? Qu'en est-il de toutes les minorités opprimées? Femmes libres, homosexuels, noirs, juifs, roms, autochtones, amazoniens, pauvres, marginaux, athées, libres-penseurs, etc.
mercredi 14 mai 2014
Faubourg Saint-Jean
Enfants blonds, bruns, noirs et métis marchent, courent et pédalent seuls dans la rue. Friperie devant la plus vieille église dont la cloche retentit à toutes les heures à partir de midi et le sous-sol sert de bureau de vote. Rue partagée entre piétons, automobilistes et cyclistes où la vitesse est limitée à 20km/h. Multiplex centenaires marrons, jaunes, rouges, bleus et verts. Fanfares et orchestres improvisés, petits bars plus vieux que le temps, bondés jusqu'au coeur de la nuit. Rues exiguës bordées de poteaux électriques en troncs d'arbres couplés. Chats-rois nonchalants se dandinant sur leur territoire. Jeunes-cadres-geeks-hipsters-écolos et flexitariens dans tout. Disquaires, bouquinistes, boulangers, pâtissiers, couturiers et fourreurs encore ouverts... J'aime mon quartier.
dimanche 1 décembre 2013
Apnée
Ajustement du petit masque noir en silicone, immersion
graduelle dans l’eau de la piscine légèrement plus fraîche que l’air ambiant, quelques
respirations longues et place à un voyage dans les abysses de l’âme, à trois
mètres de fond, calé à quelques centimètres au-dessus de la surface bleue en
faïence, plus d’air, juste le silence des poumons, les mètres défilent au fil
des coups de jambes, de la glisse qui suit la pulsion, des bras tendus comme
sentinelle, des brasses synchronisées, moment de silence, coma idyllique,
pleine conscience, état de grâce où le flow déploie ses ailes, esprit suspendu,
cortex aussi, cervelet aux commandes, corps au ralenti, cœur apaisé le temps de
cette immersion autotélique.
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